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Jean-Claude Mirabella, universitaire spécialiste du cinéma italien
Film de Valeria Golino (vo, février 2019, 1h55) avec Riccardo Scamarcio, Valerio Mastandrea, Isabella Ferrari
Synopsis : Deux frères que tout semble opposer vont apprendre à se découvrir et à s’aimer.
Matteo, extravagant, extraverti, jongle avec la facilité de ceux qui ont réussi, et Ettore, clown triste, introverti, joue jusqu’à la corde avec les silences.
Quand l’austérité et la fantaisie se rencontrent, la vie les emporte dans un tourbillon de tendresse et d’euphorie
C’est un pas de deux que Valeria Golino fait danser aux deux personnages principaux de son film, frères re-devenus inséparables, hic et nunc, voulant l’être, filmés en plans serrés, les séparant classiquement par des champs-contrechamps pour mieux les réunir ensuite dans le cadre.
Sans nous donner à juger, à préférer l’un à l’autre , la réalisatrice pose sur eux un regard tendre.
« Et si tu n’existais pas/Dis-moi pourquoi j’existerais/Pour traîner dans un monde sans toi/Sans espoir et sans regret. »
Matteo et Ettore cultivent la positive attitude, s’accrochent et nous accrochent.
Valeria Golino est cette actrice italienne, napolitaine par son père, grecque par sa mère, étrange madone aux yeux clairs et à la voix rauque.
Quand on lui demande ce qui l’a poussée à se glisser derrière la caméra, elle répond simplement : « le temps ». Son nouveau métier de réalisatrice, elle l’a appris « sur le tas » , ayant eu tout loisir d’observer la multitude de cinéastes de tous genres pour lesquels elle a tourné (une soixantaine de films, pas moins !) et de faire provision d’images , d’idées.
Le passage des années, l’expérience, ont fait qu’un jour elle s’est sentie prête. Pour son premier film, Miele, comme pour Euforia, sa deuxième réalisation, elle fait de la mort, pierre originelle, le point d’ancrage de la vie.
« Je suis mon corps actuel, mon corps en acte, et cette matérialité de mon existence n’est pas autre chose que ma présence au monde – ma présence au présent. » Pour Comte-Sponville, la capacité à vivre le présent passe par le désespoir : non au sens de tristesse, mais d’absence totale d’espérance.
« Euforia » dit l’urgence de chercher, de trouver ou, à défaut, de provoquer, de simuler la joie dans l’instant présent.
Par le titre « Euforia », Valeria Golino ne dit-elle pas, pourtant, aussi, les risques encourus, dans l’obligation à vouloir être heureux, coûte que coûte, à chaque instants, en toutes circonstances, le danger à sombrer dans l’euphorie, une joie exacerbée, artificielle, dissonante, émotionellement pathologique.
Faut-il s’adonner à tout âge de la vie à ce stupéfiant collectif qu’est le culte du bonheur dans ce monde où l’argent, le sexe et la santé sont devenus nos despotes ?
Ne serait-il pas plus juste de s’arrêter un peu, de s’asseoir par terre pour s’abandonner simplement à la peine et se laisser pleurer.
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Films depuis 2009
Année 2019
Euforia
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