Sélectionné à la quinzaine des réalisateurs
Présenté par Danièle Sainturel
Film espagnol (vo, mars 2016,1h46) de Fernando León de Aranoa avec Benicio Del Toro, Tim Robbins, Mélanie Thierry et Sergi López
Synopsis : Un groupe d’humanitaires est en mission dans une zone en guerre : Sophie, nouvelle recrue, veut absolument aider ; Mambru, désabusé, veut juste rentrer chez lui ; Katya, voulait Mambru ; Damir veut que le conflit se termine ; et B ne sait pas ce qu’il veut.
Distributeur : UGC distribution
« Les Cramés de la bobine » proposent « A Perfect Day » de Fernando Leon de Aranoa.
Ce film, sorti en salles le 16 mars 2016, a été sélectionné à La Quinzaine des Réalisateurs » à Cannes 2015. Il a également obtenu le Goya de la meilleure adaptation en 2016.
Le réalisateur
Fernando Leon de Aranoa est un cinéaste espagnol né en 1968 à Madrid. Il a fait des études en « sciences de l’image » à l’Université Complutense de Madrid. Il écrit ensuite pour des humoristes avant d’écrire et réaliser ses propres films.
Son premier long-métrage est « Familia », primé au Festival de Valladolid en 1996 pour lequel il recevra le Goya du meilleur réalisateur catégorie « Révélation ».
En 1998 il réalise « Barrio » (du nom d’un quartier de Madrid) pour lequel il reçoit la Coquille d’argent au festival de San Sebastian et 3 Goya (dont meilleur réalisateur et meilleur scénario)
La consécration internationale vient en 2002 avec « Les lundis au soleil » (Los lunes al sol), sorti en 2003 en France considéré comme l’un des plus importants films espagnols des années 2000. Pour la première fois, le réalisateur a recours à deux acteurs très célèbres : Javier Bardem et Luis Tosar interprètent deux chômeurs à Vigo en Galice quand ferment les chantiers navals. Ce film a reçu des dizaines de prix ( la Coquille d’or à Saint Sébastien, le prix Jules-Verne à Nantes, et cinq Goya à Madrid : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur (Bardem) et meilleur acteur dans un second rôle (Tosar).
En 2005 (2006 en France) sort « Princesas », portrait de deux prostituées à Madrid. Il est sélectionné à Sundance. Les deux actrices sont récompensées aux Goya
Son cinéma
Les films de Fernando León Aranoa sont des portraits humains marquants. La direction d’acteurs est remarquable, en témoignent les nombreux prix d’interprétation. Les dialogues très écrits, souvent drôles, ne sombrent pas dans le pathos malgré les thèmes que Fernando León a choisi de traiter c’est à dire le quotidien et son lot de soucis, peut-être dérisoires mais dramatiques pour celui qui les vit (chômage, alcool, SIDA, etc.). Ainsi, il va offrir une visibilité, et une dignité, à "ceux qui ne comptent pas" dans nos sociétés (adolescents, chômeurs, prostituées, etc.).
Les acteurs
Le casting de ce film espagnol est international, comme le sont en général les équipes de volontaires des ONG sur le terrain
Benicio del Toro
Il joue le rôle de Mambru, le responsable du groupe.
C’est un acteur américano-espagnol né à Porto Rico il y a 49 ans. Il a une filmographie impressionnante (plus de 45 longs-métrages).
Il a été récompensé par l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour « Traffic » de Steven Soderbergh en 2000.
Il a reçu également le prix d’interprétation masculine au festival de Cannes pour son rôle de Che Guevarra dans « Che » aussi de Steven Soderbergh en 2008.
On le retrouve aussi dans « Usual Suspect » de Bryan Singer en 1995, « 21 Grammes » de Inarritu en 2003, « Jimmy P. (Psychothérapie d’un Indien des plaines) d’Arnaud Desplechin en 2013, « Sicario » de Denis Villeneuve en 2015.
Tim Robbins
Tim Robbins joue B. grande gueule, plein d’humour et qui ne peut imaginer quitter la Bosnie.
Tim Robbins est un acteur américain né en Californie en 1958. Il a joué dans une cinquantaine de long-métrages. Il a tourné avec les plus grands metteurs en scène, par exemple Robert Altman (« The Player » en 1992 ,« Short Cuts » en 1993 « Prêt-à-Porter » en 1994), les frères Cohen « Le Grand Saut » en 1994, Stephen Frears (« High Fidelity »), Michel Gondry (« Human Natur » en 2001), Clint Eastwood (« Mystic River » en 2004).
Il a obtenu le prix d’interprétation masculine à Cannes et le Golden Globe en 1991 pour son rôle dans « The Player » de R. Altman et un Oscar et à nouveau un Golden Globe pour « Mystic River »
Deux grandes vedettes donc
Mélanie Thierry
Elle est née en 1981. Elle a d’abord été mannequin puis comédienne. Après des études de comédienne au cours de Jean-Laurent Cochet, elle joue au théâtre où elle reçoit des critiques élogieuses.
Au cinéma, elle obtient le César du meilleur espoir féminin pour « Le Dernier pour la Route » de Philippe Godeau. En 2012 elle reçoit au festival de Sarlat le prix d’interprétation féminine pour « Comme des frères » de Hugo Felin.
Nous l’avons vu aussi à Montargis dans « Ombline » de Stéphane Cazes.
L’autre femme de cette équipée est Katya jouée par Olga Kurylenko, ancien mannequin, ancienne James Bond girl, actrice française d’origine ukrainienne. Dans le film, elle joue le rôle d’une ex-maîtresse de Mambru.
Damir est interprété par Fedja Stukan. C’est un vétéran de l’armée bosniaque originaire de la région qui a donc vécu la période de guerre. Mais il estnaussi acteur et producteur. Il a tourné notamment en 2011 dans « Au pays du sang et du miel » d’Angelina Jolie
La musique du film :
Fernando Leon de Aranoa a choisi une musique punk rock pour accompagner le film. Elle est là pour accentuer la folie de la situation, pour accompagner les personnages qui doivent passer à l’action, essayer une solution, échouer, recommencer. La musique participe à cet esprit, pour que les personnages n’aient pas le temps de gamberger.
La photo du film,
La très belle photographie du chef opérateur Alex Catalan (celui de « La Isla Minima », ou de « Même la pluie ») accompagne la progression de cette "journée parfaite". On part de tonalités plutôt chaudes au départ pour finir la journée dans des tons plus inquiétants et oppressants. Ils ont voulu éviter la tentation de reconstituer des paysages de films de guerre essentiellement gris. Le film est tourné dans des zones quasi-désertiques, des chemins très escarpés, ou des villages dévastés. Alex Catelan sait créer des ambiances marquantes de cinéma.
Le film
« A Perfect Day » est un long-métrage adapté du roman « Dejarse Llover » de Paula Farias mais qu’il a situé dans les Balkans.
Le film suit une équipe de travailleurs humanitaires en Bosnie à la fin de la guerre. Ils sont notamment chargés de la sécurité sanitaire des populations. Chaque personnage a ses préoccupations. Sophie, nouvelle recrue, veut absolument aider. Mambru, désabusé, veut juste rentrer chez lui. Katya voulait Mambru. Damir veut que ce conflit se termine et B. ne sait pas ce qu’il veut. Mais ce jour-là ils constatent que le seul puits à des kilomètres à la ronde est souillé.
Nous allons avec eux vivre cette journée.
Débat
Sujet du film : l’absurdité de la guerre
La situation de guerre échappe à toute logique.
A partir de cette histoire de corde à trouver, le film expose l’irréductible et tragique ridicule de toute situation de guerre. La logique et le bon sens n’ont plus droit de cité, remplacés par l’arbitraire et l’incompréhensible. Le chaos a sa propre logique et toute la bonne volonté n’y peut rien.
C’est à cette absurdité que sont confrontées les ONG
Fernando Leon de Aranoa connaît bien son sujet. En effet, pour ses documentaires il a souvent eu l’occasion de travailler aux côtés d’humanitaires dans des pays en guerre. La première fois, c’était en février 1995 pendant le conflit en Bosnie.
Il a ensuite tourné un documentaire dans le nord de l’Ouganda avec des Membres de Médecins sans Frontières. C’est là qu’il a entendu parler, par son responsable de la sécurité du roman de Paula Farias « Dejarse Llover »
Paula Farias est médecin, coordonnatrice d’urgence pour MSF et écrivain.
Fernando Leon de Aranoa a reçu un Goya en 2015 pour l’adaptation de ce roman.
L’humour
L’humour vient de l’absurdité des situations rencontrées (qu’il a vues pendant la guerre de Bosnie). Et il a constaté que, aussi bien les membres des ONG que les populations locales parvenaient à garder un humour « un peu du même type que celui des carabins . Un humour qui décompresse, qui permet de retrouver l’humanité malgré l’horreur, qui donne l’occasion d’évacuer le stress, d’empêcher la cocotte-minute d’exploser. »
Mais contrairement à « M.A.S.H. », Fernando Leon de Aranoa n’a pas voulu verser dans la caricature. Si le spectateur rit c’est du même rire que les personnages et pour les mêmes raisons qu’eux. C’est un rire de soulagement, un rire qui unit. Donc pas de dérision ou d’outrance.
Les situations rencontrées
Le cinéaste a su imaginer des situations qui résument à elles seules le fossé qui séparait les volontaires des ONG des populations qu’ils venaient aider.
Le comédien Fedja Stukan (qui joue Damir) racontait pendant les présentations du film combien les membres des associations humanitaires étaient détestés par la population qui ne voyait en eux que des privilégiés qui pouvaient quitter le pays quand ils le voulaient. (C’est ce film qui lui a permis de voir les ONG d’une autre façon).
Le titre du film « a perfect day » ou en français « Un jour comme un autre »
Donne l’idée de l’unité de temps : une seule journée est racontée et c’est le temps dont ils disposent avant que le puis ne soit inutilisable — dramatisation de la situation
Le titre anglais contient plus de dérision que le titre français.
Espoir/ Désespoir
Le scénario mêle habilement espoir et désespoir :
– espoir : le bus de prisonniers sauvés in extremis
– désespoir : les 2 corps pendus dans une maison délabrée.
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Films depuis 2009
Année 2016
A Perfect Day
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