Présenté par Laurence Guyon
Film argentin (vo, avril 2015, 1h50) de Lisandro Alonso avec Viggo Mortensen, Ghita Norby et Viilbjørk Malling Agger
Synopsis : Un avant-poste reculé au fin fond de la Patagonie, en 1882, durant la prétendue « Conquête du désert », une campagne génocidaire contre la population indigène de la région. Les actes de sauvagerie se multiplient de tous côtés. Le Capitaine Gunnar Dinesen arrive du Danemark avec sa fille de quinze ans afin d’occuper un poste d’ingénieur dans l’armée argentine. Seule femme dans les environs, Ingeborg met les hommes en émoi. Elle tombe amoureuse d’un jeune soldat, et tous deux s’enfuient à la faveur de la nuit. À son réveil, le Capitaine Dinesen comprend la situation et décide de s’enfoncer dans le territoire ennemi pour retrouver le jeune couple. JAUJA est l’histoire de la quête désespérée d’un homme pour retrouver sa fille, une quête solitaire qui nous conduit dans un lieu hors du temps, où le passé n’est plus et l’avenir n’a aucun sens.
*** Dossier de presse *** Bande annonce
BO France : 32000
Lisandro Alonso est un réalisateur argentin né en 1975 à Buenos-Aires. Il a étudié le cinéma pendant 3 ans à l’université. Il a débuté comme assistant-réalisateur.
En 1995, il a coréalisé un court-métrage « Dos en la verada » avec Catriel Vildosola, un camarade d’études. En 2001, il réalise « La Libertad » qui décrit une journée de la vie d’un bûcheron. En 2004, « Los Muertos », drame sur la quête d’un cinquantenaire sorti de prison à la recherche de sa fille. En 2006 « Fantasma » et en 2009 « Liverpool » qui a pour personnage principal un marin de retour à Ushuaïa après avoir voyagé durant 20 ans et qui veut revoir sa mère.
Jauja est son cinquième long-métrage. Jusqu’alors Lisandro Alonso travaillait seul et avec des acteurs non professionnels. La grande nouveauté de Jauja est la collaboration avec un chef opérateur, un scénariste et plusieurs acteurs professionnels.
Timo Saltinem est le chef-opérateur. Il est finlandais et a travaillé sur tous les films d’Aki Kaurismaki dont « Le Havre » que nous avons pu voir à l’Alticiné l’an passé.
Le scénariste est un poète, écrivain et journaliste argentin : Fabian Casas. Il écrit ici son premier scénario.
Viggo Mortensen, ami de Fabian Casas avec lequel il tient un blog sur le football
a souhaité participer à ce film. Il avait rencontré Alonso au Festival de Toronto, lui avait confié aimer ses films et souhaitait travailler un jour avec lui. « Jauja » l’a enthousiasmé au point d’en interpréter le personnage principal, d’écrire la musique en collaboration avec le guitariste Buckethead et également de participer à la production.
Le réalisateur dit avoir été intimidé par le fait de diriger des acteurs professionnels et tout particulièrement Viggo Mortensen. Celui-ci l’a vite mis à l’aise : « si tu es content de la prise, tu dis : « c’est bon », dans le cas contraire tu dis : « on en fait une autre ». Le film s’est fait avec une équipe réduite d’une vingtaine de personnes. Comme à l’accoutumée, ils ont pris possession des lieux et la nature environnante a contribué à la création. Concernant le travail en commun, Viggo Mortensen emploie la formule de « coopérative poétique ».
Jauja, la terre mythique, trouve son origine dans la littérature. Boccace l’évoquait dans le Decameron sous le nom de « Paese di Bengodi ». L’homme de théâtre espagnol Lope de Rueda l’a repris au milieu du XVIème siècle en décrivant « La tierra de Jauja », pays de Cocagne où on attache les vignes avec des saucisses.
Ici, ce pays convoité est la Patagonie, terre des Indiens Mapuches ou Araucans. Cette ethnie très évoluée, très organisée socialement avait résisté aux Incas et aux Conquistadors. Ce sont des cultivateurs dont les terres sont mises en commun. Ils produisent également de nombreux objets artisanaux. Au début du film le lieutenant Pittaluga arbore un magnifique collier en métal qui leur a été volé. En 1882, date de référence du film, la « conquête du désert » organisée par les Argentins et les Chiliens a abouti à l’extermination d’une grande partie des Mapuches afin de voler leurs terres.
Mais l’évocation des Indiens, le bal du gouverneur auquel nous n’assisterons pas, l’insaisissable Zuluaga ne sont que des prétextes. Le vrai sujet du film est la quête éperdue d’un père qui part à la recherche de sa « petite fille » qui est partie avec un soldat. Le capitaine danois Dinesen, déjà mal à l’aise dans ce pays étranger, va errer dans ce désert, s’y perdre physiquement et mentalement.
Tout concourt à cette atmosphère de perte de repères : l’immense désert de Patagonie, l’eau, le vent et les insectes captés en son direct, la musique céleste qui n’intervient qu’après plus d’une heure de film quand Dinesen s’endort sous les étoiles et c’est le début du rêve : dorénavant où se situera le réel et où se situera le fantasmé ? L’image en format presque carré, aux coins arrondis réalisée en argentique 35 mm semble représenter de vieilles photos ou le cinéma à ses débuts. Mais ici, pas de noir et blanc mais au contraire des couleurs vives, très nettes qui nous renvoie dans un ailleurs au-delà du passé, l’espace du mythe ou du rêve.
Bien sûr, les plus cartésiens d’entre nous rechercheront des explications à chaque scène mais le réalisateur lui-même déclarait au journal Libération au moment de la sortie du film : « Aujourd’hui encore, je ne comprends pas tout de Jauja et il me plaît d’autant plus qu’il peut paraître simple au premier abord pour devenir étrange, jusqu’à ce que je m’y perde aussi… »
Merci au site du ciné-club de Caen dont je me suis inspirée pour la présentation de ce film.
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Films depuis 2009
Année 2015
Jauja
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