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Film américain (1h35, juin 1975) de Terrence Malick avec Martin Sheen, Sissy Spacek et Warren Oates
Titre original : Badlands
Interdit aux moins de 12 ans
Synopsis : Inspirée par l’histoire authentique de Charlie Stark-Weather, jeune délinquant des années cinquante, évocation de la folle équipée de deux jeunes amants auxquels on refuse le droit de s’aimer. Ils laissent sur leur passage de nombreux cadavres dont le père de la jeune fille, qui refusait que celle-ci fréquente un éboueur.
Pas moins de onze morts.
C’est le lourd bilan d’une histoire d’amour.
A la une des faits divers.
En 1957, aux États Unis, deux ado de quatorze et dix-neuf ans, en cavale, tuent, tous ceux qui leur refusent le droit de s’aimer, à commencer par le père de la jeune fille...Ainsi, le résumé de notre film repose sur une histoire vraie.
Tous deux incarnés d’une part par Sissy Spacek, toute en tâche de rousseur : elle sera bientôt Carrie pour Brian de Palma et l’une des Trois femmes de Robert Altman. Et par Martin Sheen qui connaîtra bientôt l’Apocalypse de Francis Ford Coppola.
A l’écran, nous retrouvons donc Holly, une teen-ager, qui rêve au prince charmant, en lisant des romans-photos... Elle porte des robes à froufrou et des socquettes blanches. Kit, l’homme des sales boulots, la voit répéter son numéro de majorette, dans le jardin. Il se donne des faux-air de James Dean, comme une provocation. Le James Dean de Géant, le film de Georges Stevens, tourné en 1956. C’est important parce que dans ce film, l’action se passe au Texas avec des relations féroces entre les personnages.
Holly, notre héroïne, grandit elle aussi au Texas. Comme Terrence Malick, notre réalisateur. Il y est né en 1943. C’est un état très conservateur, brutal, favorable à la peine de mortt, c’est même l’État où il y a le plus d’exécutions. Kennedy vient d’y être assassiné. Tous les protagonistes de notre film y ont un potentiel violent, à commencer par le père, avec le chien d’Holly ; Holly avec son poisson malade mais surtout les représentants de l’ordre : l’armée, la police, fascinées, en partie, par la sauvagerie de Kit...Des humains, plus inhumains que les bêtes.
Alors quel sens donner à cette balade, interdite aux moins de 16 ans ? Une condamnation moraliste de la délinquance juvénile, de la culture de masse ? Un plaidoyer pour l’amour fou ?...Peu importe.
Pas de sens unique, car c’est d’abord une ode sensorielle...
Car en cette fin des années 60, à la une, ce coup-ci, des pages cinéma américaines, un film, "Easy Rider", qui bouleverse les modes de narration visuels traditionnels.
Réalisé et auto-produit par Denis Hopper et Peter Fonda, en 1969, il s’inspire directement de la Nouvelle Vague française, elle même influencée par le néo-réalisme italien des années 40. En effet, le cinéma étant un art d’abord technique, la caméra s’allège et sort des studio, pour filmer des personnages et leur quotidien, dans la rue, plutôt que des stars en costards, fourrures et paillettes, dans du carton pâte. Le personnage emblématique qui donne le coup d’envoi, en France, c’est Antoine Doinel dans "Les 400 coups", projeté dans notre salle très récemment. Un jeune délinquant, comme on peut en croiser sur les trottoirs, qui évolue dans un univers quotidien, parisien, puis au bord de mer, dans les années soixante.
Comme on peut croiser également, sur notre route, les deux dealers en Harley Davidson d’Easy Rider, traversant les Etats Unis : un portrait de l’Amérique profonde, de personnages typiques. Aucune star au générique, on ne veut que des inconnus, non formatés : premières apparitions, ou presque, de Karen Black ou Jack Nicholson, sans physique jeune premier ...
Une ouverture, profondément visuelle, sur l’espace et la psychologie des personnages, les deux étant liés, pratiquement en temps réel, qui va marquer Terrence Malick.
Aussi, comme leurs précédents, et de plus, inspirés de personnages réels, de faits divers, on pourrait croiser également les deux jeunes héros de notre film, lors d’une balade, dans l’ouest américain...
C’est après des études de cinéma que Terrence Malick rejette lui aussi, toutes les propositions des Majors, et produit lui-même, pour ses trente ans, ce premier long métrage, tourné en deux semaines, pour 350 000 dollars.
Mais "Easy Ride"r avait été quand même co-produit par Bert Schneider, un indépendant : d’ailleurs, le film avait fait sa fortune. Immédiatement séduit par des profils de personnages et un goût de l’espace communs avec Terrence Malick, ce dernier apparaît également au générique de "La Balade Sauvage". Les deux hommes feront ensemble, cinq ans plus tard, "Les Moissons du Ciel", en 1979.
Ce deuxième film avait été projeté dans notre salle l’année dernière : c’était l’histoire de trois escrocs, un couple et une petite fille, qui, en chemin, tentent de déposséder un fermier de sa gigantesque ferme. On y retrouve encore la figure du délinquant qui trace, dans un espace droit ouvert devant lui...
"Les Moissons du ciel" est un échec public et Bert Schneider, dix ans après "Easy Ride"r, y perd toute sa fortune. En effet, Malick s’y impose comme un curieux formaliste.
Pour son producteur, une partie du public, de la critique, c’est un auteur de plus en plus difficile à suivre...Et c’est la polémique qui prend les devants.
Il est devenu, en cinq films seulement, et parmi les plus beaux de l’histoire, l’un des cinéastes les plus énigmatiques, comme Stanley Kubrick. Des apparitions encore plus rarissimes, même si, exceptionnellement, on le retrouve, pour notre film dans le rôle d’un visiteur, attendu par un riche personnage, devenu otage de Kit...
Les Moissons.. avait quand même remporté le Prix de la Mise en Scène à Cannes. Plus de trente ans plus tard, son dernier film décroche une Palme d’Or. Mais tellement controversée, au Festival, en 2011, l’année dernière, donc. "The Tree of life", c’est le titre, L’arbre de vie. Ce serait son Odyssée de l’espace ; il s’appuie sur des images de la création du monde, de chaos, pour évoquer le deuil métaphysique de la perte d’un enfant : d’une odyssée de l’espèce, à une espèce d’idiotie, il n’ y aurait qu’un pas, selon une partie de la critique et du public.
Pourtant, même si le sujet de notre Balade...paraît plus simple, son traitement à l’image est le même, un projet visuel, est déjà là : récit exclusivement centré sur la conscience des personnages, se manifestant en voix off, qui constate, cherche, s’interroge, avec le spectateur.. Tandis que les actions passent au second plan, le rythme ralentit...C’est très novateur pour un film d’action. Des personnages qui s’affranchissent des conventions, dans un environnement à perte de vue. Et surtout l’utilisation omniprésente d’allégories. A tel point qu’une partie de la critique n’y voit qu’une imposture : road-movie ou deuil métaphysique seraient ponctués d’une imagerie totalement hors sujet : plans sur des champs, un arbre, des animaux, jusqu’aux insectes à même le sol, l’eau, le cosmos...
Mais les malickiens convaincus ne se trompent pas sur cette belle nature panthéiste. Plutôt que de longs dialogues verbeux et ennuyeux, nous ne sommes pas au théâtre, mais au cinéma, ces digressions visuelles, certes complètement et longuement décalées, évoquent, suggèrent, symbolisent l’état d’esprit nuancé des personnages. Encore mieux que les mots. A la manière d’un Jean-Luc Godard.
Des montages imprévisibles . Des mixages inédits. Toujours si "Lolita", impassible et candide, Holly commentera son échappée, en off, comme si elle nous racontait ses dernières vacances ; contrepoint verbal, inattendu, de la folie meurtrière de kit. Cette folie, visualisée, quand à elle, par des gros plans surprenants, « fauvistes », de la faune, le cadavre d’une vache ou dans les yeux affolés des bovins. Étonnamment orchestrée enfin, en contrepoint musical, par la partition, toujours si cristalline, presque féérique, du Gassenhauer de Carl Off.
Une sorte de boite à musique enfantine, comme dans un conte...Mais absolument rien à voir avec un fait divers sanglant. Déroutante, cette musique de rue (traduction de Gassenhauer) prend le spectateur à contrepied. L’auteur de Carmina Burana se fait l’écho mélodique, ici, d’une sensibilité artistique malickienne, très européenne.
Cette puissance émotionnelle, poétiquement ahurissante, est poussée à son paroxysme dans "The tree of life".
Une poésie, en trompe l’œil, et de charmantes libertés d’interprétation.
Par exemple, le titre : l’éditeur du dvd de notre balade a orthographié le mot balade avec deux « l »...Or la Ballade, c’est un genre poétique rythmé...Le dvd nous promet donc une poésie musicale sauvage, à la place d’une simple promenade sauvage !
Le titre français propose une lecture trop éloignée du titre original : "Bad-lands" ne veut pas dire mauvaises terres, sous-entendant "balade du mal", mais baptisées ainsi par les colons parce qu’incultivables. Un Parc National du même nom, filmé en lumière naturelle, entre Colorado et Nebraska.
Des erreurs de copie, donc...Et on s’en fait des films : "True Romance", scénarisé par Quentin Tarentino, qui va même jusqu’à reprendre le Gassenhauer. "Sailor et Lula", ou le racoleur Tueurs Nés d’Oliver Stone...N’égalent jamais l’original...Si original. Cette première balade tient la distance.
N’est pas Malick qui veut. Cette balade est une vraie tuerie, au sens propre, comme au figuré...Et j’espère, pour cette présentation, que je n’ai pas perdu les spectateurs, en cours de route. Merci pour votre écoute.
C’est le lourd bilan d’une histoire d’amour. En effet, en 1957, aux États Unis, deux ados en cavale éliminent tous ceux qui les empêchent de s’aimer, le père de la jeune fille également. Le jeune homme finit sur la chaise électrique, sa petite amie prend perpète...
Ainsi, ce film repose sur une histoire vraie. Reprise, vingt ans plus tard, par Oliver Stone, dans Tueurs nés, sang pour sang racoleur...Mort de rire !
N’est pas Malick qui veut. "Badlands" tient la distance.
Ironiquement : comme si elle nous racontait ses dernières vacances, le commentaire, en off, si Lolita, impassible et candide, d’Holly, 14 ans, en contrepoint de la folie meurtrière de kit.
Librement : la mort n’a rien de dramatique, c’est une étape nécessairement juste et inévitable, comme boire et manger, sur le chemin de l’émancipation insouciante, désinvolte.
Poétiquement : road movie allégorique en lumière naturelle, entre Colorado et Nebraska oniriques, si picturaux, si cosmiques, signifiants.
Intemporellement. Terrence Malick n’a fait que cinq films, parmi les plus beaux, dont ce premier long métrage, en 1973 ; un petit budget, tourné en seize jours. Son dernier souffle semblait être pour "Les moissons du ciel", quatre ans plus tard. Un échec public. Alors, pendant près de quarante ans, il fait le mort. Pour Hollywood, il ne s’en relèvera pas. Mais il sait comment tuer le temps.
Il donne enfin signe de vie, l’année dernière. Un nouveau film, avec un titre ! "The Tree of Life" soit "L’arbre de vie" ! Aussitôt Palme d’or ... Trop mortel !
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Films depuis 2009
Année 2012
La Balade sauvage
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