« Piccolo corpo » est le premier long métrage de la jeune réalisatrice italienne, Laura Samani.
Projeté à Cannes en 2021, lors de la semaine internationale de la critique, le film a fait l’objet d’éloges, s’accordant sur la réussite d’une première œuvre de cinéma qui parvient à concilier réalisme, mysticisme, fantastique et récit d’un parcours féminin qui mène l’héroïne Agata, à dépasser ses limites.
Nous sommes en Italie, vers 1900. Le bébé de la jeune Agata est mort-né et condamné selon la croyance religieuse, à errer dans les limbes. Inacceptable pour cette jeune mère. Elle va donc défier les lois et les souffrances corporelles, en partant à la recherche d’un sanctuaire sacré où il est possible de redonner un court souffle de vie, aux bébés morts-nés, afin d’être baptisés et de leur permettre de rejoindre le monde des morts.
Le long métrage se déroule dans de magnifiques paysages, au gré des rencontres altruistes ou hostiles. Laura Samani dit avoir beaucoup mis d’elle-même et de son Italie, dans ce film. Elle a grandi dans le Frioul et c’est là que le film a été tourné. Historiquement, c’étaient les hommes qui entreprenaient ce voyage avec leur bébé mort-né. En pensant à ces femmes qui restaient chez elles et à son propre caractère, l’idée de la mère effectuant le pélerinage s’est imposée.
Filmé en très grande partie en lumière naturelle, au son des chants traditionnels du Frioul et avec des acteurs non professionnels (sauf pour le rôle de Lynx qui est tenu par Ondina Quadri), le film offre des contrastes saisissants, entre sensibilité intimiste et aventure. Il explore la foi d’Agata, une foi qui la mènera à la découverte de la puissance spirituelle et physique qui anime tout être convaincu de la justesse de son action.
Aurélien Vernhes-Lermusiaux nait en 80 à Figeac. Il étudie le cinéma et la philosophie et intègre ensuite la prestigieuse école du Fresnoy (promotion Michael Snow 2010-2012)
Emilie Aussel nait en 1980 à Montpellier et intègre la prestigieuse école du Fresnoy (promotion Jean-Luc Godard 2004-2006)
Se connaissent-ils ?
10 ans après La Guerre est déclarée, Valois d’Or à Angoulême qu’il avait co-écrit avec Valérie Donzelli , Jérémie Elkaïm présente sa première réalisation, Ils sont vivants.
C’est Marina Foïs qui a eu l’idée d’adapter Calais mon amour le livre de Béatrice Huret, , qui y raconte sa propre histoire et pour le réaliser, elle a fait appel à son ami Jérémie Elkaïm qui fait donc ses débuts en réalisation.
Il tenait par-dessus tout à l’incarnation. L’incarnation des personnages, de tous les personnages et l’incarnation des lieux. La jungle de Calais ayant été démantelée et la mairie de la ville ne voulant plus que cet endroit (aujourd’hui désert) soit utilisé pour des tournages, Jérémie Elkaïm et son équipe ont donc fabriqué une jungle et engagés sur le tournage des gens qui l’avaient connue.
Mais Le cœur de son film c’est la passion amoureuse, deux corps qui se rencontrent, la puissance du désir qui rend les frontières et les lois dérisoires, absurdes et révoltantes.
Une rencontre a priori improbable qui fait de ce film physique et sensuel, une œuvre bouleversante, riche et vivante portée par Marina Foïs et Seear Kohi magnétiques qui incarnent viscéralement ces personnages complexes frappés par l’amour.
Il me semble que la chanson de Catherine Le Forestier pourrait nous ouvrir la voie vers ce film que nous découvrirons bientôt.
Mes frères et moi trouve son origine dans la prime jeunesse du réalisateur Yohan Manca. A 17 ans, il a monté et joué une libre adaptation de la pièce de théâtre Pourquoi mes frères et moi, on est
parti… de Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre. Il s’agissait de quatre monologues dits par quatre frères sur le thème de la rencontre d’un personnage avec l’art alors que rien ne le prédestinait à ça. Cette idée correspondait à ce que Yohan Manca vivait alors.
Dans le film Mes frères et moi, le réalisateur a mis énormément de souvenirs de sa jeunesse, de son enfance. Comme les personnages de l’histoire, il vient de quartiers populaires et a des origines méditerranéennes : espagnoles par sa mère, italiennes par son père.
Il veut montrer ce qu’il y a de beau et de romanesque dans les quartiers populaires, loin des images de violence vues à la télévision ou du documentaire caméra à l’épaule et a opté pour une caméra sur pied, la pellicule et le 16 millimètre, pour un rendu plus doux, plus poétique.
Ses références cinématographiques vont du côté de Fellini dans Les nuits de Cabiria ou Ettore Scola dans Affreux, sales et méchants, pour cette manière sans foi ni loi de vivre la misère absolue, le bidonville atroce, et pourtant il y a de la grande beauté. Ainsi, il n’y a aucun portable dans Mes frères et moi pour ne pas le dater. Il veut concentrer toute l’attention du spectateur sur un sujet éternel : l’art qui sauve. Ici, l’opéra. Grâce à sa rencontre, il y a quelques années avec Judith Chemla, qui chantait La Traviata et parce que c’est extraordinaire de rapprocher l’art qu’on peut croire le plus élitiste des quartiers les plus populaires.
Judith Chemla joue Sarah qui anime un cours d’été dans le lycée où Nour doit repeindre un couloir. Il a 14 ans et vit dans un quartier populaire au bord de la mer. Il s’apprête à passer un été rythmé par les mésaventures de ses grands frères, la maladie de sa mère et des travaux d’intérêt général.
Mes frères et moi, premier long-métrage de Yohan Manca après trois courts a été présenté à Cannes. Les spectateurs ont apprécié ce film qui fait du bien, « un film solaire au milieu de toutes ces sorties dramatiques, un film qui parle de l’amour de la musique, d’amour entre frères, mais aussi des galères : un film drôle, sincère et émouvant ».
Née en 1980 à Montpellier, Emilie Aussel étudie aux Beaux-Arts de cette ville puis au Fresnoy, avant de s’installer à Paris.
Elle a réalisé 4 courts-métrages, ( produits par Shellac ) qui sont tous des films de bande et de solitude interrogeant le rapport à l’intime et au collectif où se racontent des histoires d’amitié et d’amour pour faire le portrait d’une jeunesse consciente d’elle-même, et non dépourvue d’humour, d’ironie et de romantisme.
Parallèlement, la réalisatrice a mené de nombreux ateliers avec des adolescents et de jeunes adultes. Chaque atelier ayant été le moyen d’être au contact de jeunes gens qui pourraient peupler ses récits, les inviter à écrire, à jouer à filmer, à parler d’eux.
Curieux homme que Sylvain Desclous qui nous offre un documentaire réalisé autant pour les amateurs de documentaires que pour les gens qui ne les aiment pas. Tant les acteurs du monde politique deviennent par moments des acteurs tout court. Avec Campagne de France, chronique d’une campagne municipale à Preuilly sur Claise, et que le titre du film nous en fasse mesurer la grandeur ou l’ironie, Sylvain Desclous qui approche la cinquantaine, qui a fait à peu près tous les métiers, nous montre son vrai métier, son art, celui de réalisateur.
Campagne de France est son premier long-métrage documentaire, mais il n’en est pas à son coup d’essai. Il a réalisé des courts-métrages, et il a même fait une fiction Vendeur avec Gilbert Melki et Pio Marmaï. Curieusement, ses films portent souvent des noms d’œuvres littéraires, par l’exemple De Grandes Espérances actuellement en postproduction est un titre de Dickens et de son court-métrage, La Peau Dure est un titre de Raymond Guérin etc…
Voici un documentaire qui séduit Jacques Mandelbaum au point de lui réserver une pleine page dans Le Monde, il dit : « il se fiche de l’impartialité documentaire comme de l’an quarante, se présente comme une comédie satirique cachée ».
La Campagne de France nous montre les candidats de Preuilly sur Claise, et les habitants, parfois truculents et au total, c’est une galerie de personnages qui nous deviennent vite familiers. Parmi les candidats, il y a Patrick qui dit : « nous ne savons pas ce que l’on va faire, mais si on fait quelque chose, on va le décider ensemble ». Il y a Jean Paul, le notable, qui trouve immédiatement la formulation tiède, consensuelle, Mathieu l’homme imaginant, un peu dégingandé, et son mentor Guy (un personnage haut en couleur). Ces deux personnages sont le centre du film, Mathieu et Guy forment en effet un curieux tandem. Et puis il y a les électeurs, nous… car les voyant nous nous voyons également.
Ce film est dans la lignée de La conquête de Clichy de Chritophe Otezenberger, Sylvain Desclous s’en réclame, mais avec le titre retenu par Sylvain Desclous, on peut aussi s’autoriser à évoquer Partie de Campagne de Depardon !
Un comédien (Laurent Papot), débarque à Revin, village des Ardennes en première ligne de la crise économique, pour se présenter aux municipales. Avec l’intention affichée d’emblée de rendre, s’il était élu, son mandat à ses électeurs.
Est-ce un documentaire ? Est-ce une fiction ? Difficile, voire impossible de trancher. Mais après tout, quelle importance ?
Ce film sur un comédien embauché par la production d’un film pour venir se présenter à la tête d’une liste de l’élection municipale de Revin en 2020, tout en sachant que quel que soit le résultat, il ne resterait pas, permet à de nombreuses personnes de s’exprimer sur leur situation et sur ce qu’ils attendent de la politique. Il questionne sur les notions d’engagement politique , de représentativité et de démocratie.
L’empathie de ce comédien, les gens qu’il rencontre font de cette histoire un moment d’humanité qui donne toute sa saveur au film dont le montage est très réussi.
Après le taux record d’abstention aux élections de juin 2021, ce film propose une solution insolite pour tenter de redonner envie aux Français de croire en la politique et en ceux qui la font.
Une démonstration par l’absurde où le rêve et l’espoir ne demandent qu’à retrouver une raison d’être.
Les Cramés de la Bobine, sont heureux de contribuer à la diffusion de Lynx. Quelques magnifiques documentaires animaliers sortent actuellement sur nos écrans de cinéma.
Le public aime ces films pour leur beauté, leur grâce. Il les aime d’autant qu’il a conscience que ce monde est fragile et menacé de disparaître. Lynx, de Laurent Geslin appartient à ces films-là. C’est le premier film d’un grand photographe qui a consacré dix ans à l’observation des Lynx et qui est nous le verrons, un authentique pisteur.
Illusions perdues, “volume-monstre” de 780 pages selon Balzac, 8ème de la grande fresque de La Comédie humaine, le meilleur et le plus long du romancier pour Proust, trouve place dans les “Études de moeurs”, à la fin de la section “Scènes de la vie provinciale”, juste avant les “Scènes de la vie parisienne”, ouvertes par Splendeur et misères des courtisanes. Ce roman tripartite, dont l’action se situe sous la Restauration, au début des années 1820, a fait l’objet d’une longue genèse et d’une publication heurtée, entravée par les dettes et brouilles éditoriales, s’étalant sur pas moins de 10 ans si l’on part de l’idée germinale.
La 1ère partie, intitulée finalement “Les deux poètes”, mettant en scène l’amitié provinciale et les rêves littéraires et créateurs de Lucien de Rubempré, roturier par son père pharmacien Chardon et noble par sa mère de Rubempré et de David Séchard, héritant de l’imprimerie d’un père avare et odieux, est parue en février 1837 sous le titre d’”Illusions perdues”, développant une nouvelle d’une centaine de pages conçue en 1833.
Avec Pavle Vuisić, Dragan Nikolić, Danilo Stojković, Aleksandar Berček •
Réalisation : Slobodan Šijan
Scénario : Dušan Kovačević
Musique : Vojislav Kostić
Son : Marko Rodić
Photographie : Božidar Nikolić
Montage : Lana Vukobratović
Directeur de production : Nikola Popović
Produit par Milan Žmukić
VISA 55159
Une comédie irrésistible et archi-culte dans les Balkans
Road movie dans le sillage du néo-réalisme, de la comédie italienne et de La Montée au ciel de Luis Buñuel, ce voyage tragi-comique est l’occasion pour Slobodan Šijan de scruter la fin d’un monde à travers une galerie de personnages truculents, dans une succession d’épisodes cocasses et de situations incongrues. Ce mélange unique de férocité et d’humour, de gravité et de poésie donne une fable politique et picaresque, tout à la fois farce chaleureuse et burlesque, odyssée cruelle et désopilante dont le succès égale celui de La Grande vadrouille en France.
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