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Jean-Claude Mirabella, universitaire spécialiste du cinéma italien
Film de Petr Vaclav (vo, juin 2023, 2h20) avec Vojtěch Dyk, Barbara Ronchi et Elena Radonicich
Synopsis : 1764. Dans une Venise libertine, le musicien et compositeur Josef Myslivecek, surnommé « Il Boemo », ne parvient pas à percer malgré son talent. Sa liaison avec une femme de la cour lui permet d’accéder à son rêve et de composer un opéra. Dès lors sa renommée grandit, mais jusqu’où ira-t-il ? La vie, l’œuvre et les frasques d’un compositeur de génie oublié que le jeune Mozart admirait.
L’affiche précise : « Mozart l’admirait, l’Histoire l’a oublié » : Petr Václav répare donc cette injustice en faisant vivre à l’écran un musicien oublié depuis deux siècles, compatriote du réalisateur, et de vingt ans l’aîné du génie autrichien qui lui n’a pas échappé à la postérité.
Qui est donc Josef Mysliveček (1737-1781) que seuls quelques rares initiés connaissent ? Surnommé par les italiens Il Divino Boemo, car né en Bohême, à Prague, surnom qui remplace un nom difficile à retenir et à prononcer, il fut admiré par Mozart lui-même, à tel point que les deux deviendront amis et entretiendront une correspondance. Josef Mysliveček était un violoniste et claveciniste de talent, fou de solfège qui a écrit pas moins d’une trentaine d’opéras, quelques quatre-vingt-cinq symphonies, dix oratorios d’où un autre surnom, le Mozart Tchèque. Jusque vers 1761 il pense reprendre, avec son frère jumeau Jachym, l’affaire de son père, meunier, ce dernier décédant brutalement de la fièvre typhoïde. Mais il se tourne définitivement vers ce qu’il avait étudié, la musique : ses six premières symphonies sont acclamées à Prague, ville qu’il quitte à 27 ans pour l’Italie, plus précisément Venise, épicentre de la musique. Là il étudie la composition et donne son premier opéra Semiramide en 1766 : premier succès. Sa carrière s’accélère grâce à sa liaison avec une femme importante de la cour : l’opéra commandé par le roi Ferdinand IV de Naples, Il Bellorofonte (1767) lui vaudra un immense succès. Mais, dévoré par la maladie, la syphilis, il meurt à Rome où il est inhumé peu avant sa 44ème année.
Petr Václav avait déjà consacré un documentaire à Josef Mysliveček dont le titre était Confessions d’un disparu, et qui fut récompensé par un Fipa d’or dans la catégorie Musique et Spectacle au festival international du documentaire en 2016.
Petr Václav choisit Vojtek Dyk, 38 ans, chanteur de rock mais aussi acteur, pour incarner Josef Mysliveček, et même si cet acteur est apparu dans d’autres films ou téléfilms, il y a fort à parier que ce rôle va marquer sa carrière. Aux côtés de Josef Mysliveček, deux autres personnages féminins importants : celui de la diva ‘La Gabrielli’ interprétée par Barbara Ronchi, et celui de la comtesse Anna Fracassati interprété par Lana Vlady.
Petr Václav nous fait le portrait d’un créateur en quête éperdue de reconnaissance artistique et sociale. Pour cela il s’est beaucoup documenté pour présenter un film qui veut être fidèle à la vie du compositeur, et à ce qu’a pu être la vie à Venise au XVIII siècle. Le spectateur y plonge grâce à une reconstitution soignée, décors et costumes sont somptueux. Et bien sûr, Petr Václav laisse une place royale à la musique de Josef Mysliveček sous la direction du chef Václav Luks à la tête de son ensemble Collegium 1704 et des chanteurs de grands talents comme la soprano Raffaella Milanesi ou le contre-ténor Philippe Jaroussky. Un film qui ne peut donc être qu’un régal pour les sens à bien des égards.
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Films depuis 2009
Année 2023
Il Boemo
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