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Présenté par Vincent Malausa
Film français (décembre, 1963, 1h43) avec Brigitte Bardot, Michel Piccoli, Fritz Lang, Jack Palance, Giorgia Moll, Raoul Coutard et Jean-Luc Godard
Musique : Georges Delerue
Photographie : Raoul Coutard
Adapté du roman de Moravia
Synopsis : Paul Javal, scénariste, et sa jeune femme semblent former un couple uni. Un incident apparemment anodin avec un producteur va conduire la jeune femme à mépriser profondément son mari.
« Le Mépris est l’un des meilleurs films de Godard, lumineux, mélancolique et beau » François Truffaut…
En entendant prononcer « le mépris » nombre d’entre nous pensent d’abord à Moravia, cet auteur aux titres qui claquent : Les Indifférents, L’Ennui, La Désobéissance, et en 1954, Le Mépris… Dès son premier livre, on observe ses dispositions très fines à analyser la psychologie de ses personnages et le rôle prépondérant des femmes dans la société italienne, et il ne craint pas de se mettre dans la peau d’une femme pour parler de la vie.
En 1963, Jean Luc Godard 32 ans en fera son sixième film. Le film est tourné à Cinecitta et à Capri dans la villa de Malaparte, en scope et en couleur. Il est accompagné de la musique malherienne (je ne sais pas si on dit comme ça) de Georges Delerue, tout cela nous le constatons facilement parce que ce film est pour Godard l’occasion de nous proposer le générique parlé le plus long de toute l’histoire du cinéma. Et déjà là nous sommes pris, on voit une femme qui marche en lisant son texte, pendant que l’accompagne parallèlement, sur ses rails, une caméra dans un long travelling.
Autorisons nous deux ou trois informations techniques sur le film, nous avons dit
panoramique, technicolor, ajoutons 149 plans, ce n’est pas par amour des chiffres que nous le signalons, il faut savoir que J.Luc Godard ne fait jamais de plans passables (histoire de faire un pont entre deux beaux plans), chaque plan est unique est parfait. La couleur, pour lui, c’est simple, elle est dans le plan, on ne travaille pas l’image après. Alors, si les couleurs ne sont pas attrayantes, Godard n’hésite pas à ajouter lui-même des couleurs (souvent primaires) au pinceau dans le décor. Que dire encore, jamais de zoom, malheur !
Venons-en au Mépris, le premier commence par celui de Jean Luc Godard pour l’œuvre de Moravia. Godard n’est pas loin de la considérer comme un joli roman de gare. Mais tout de même, à bien y regarder : Il y a Paul (Michel Piccoli) cet écrivain en panne de succès qui accepte, au prix de ne plus être un artiste, de faire un scénario par appât du gain. Et s’y combine l’émergence du mépris : Comment cesse-t-on d’aimer ? Comment le mépris s’installe-t-il ? Comment en rendre compte, le rendre tangible ? Comment dire la dissolution, l’effacement d’un amour ? Est-ce tout simplement absurde ? Sinon pourquoi donc ?
Camille (Brigitte Bardot) mieux que quiconque est la femme de la situation. B.B a outre son physique, son port altier, sa manière de bouger, de parler, de ne pas jouer qui est absolument unique. Rien ne semble travaillé chez elle, elle ne joue pas, elle est. Je me souviens d’avoir lu en 2014 « le Schnock » réservé à BB, ce qu’il en ressort de BB tient en un mot : liberté (et sans concession) . Nous reviendrons sur la question de la direction de l’actrice dans quelques lignes. Au point où nous en sommes, il est utile d’ajouter que le Mépris conjugue l’œuvre de Moravia à l’oeuvre du cinéaste, et aussi… la vie affective de l’homme Jean Luc Godard.
L’homme Jean-Luc Godard nous dit, lorsque je ne sais pas où j’en suis, je fais un film. De fait, il y avait de l’eau dans le gaz avec Anna Karina, (ils divorceront 3 ans plus tard). Dans le film on peut voir une séquence où Paul est habillé dans les vêtements de Godard et Camille devenue brune !
Jean-Luc Godard l’intellectuel et Brigitte Bardot la star vont bien fonctionner ensemble, sans l’ombre d’un mépris. Mais tout de même, J.L Godard souhaitait qu’elle porte une jupe au-dessous des genoux, ce qu’il n’a pas obtenu (il a dû utiliser des plans moyens ou lui faire jouer certaines scènes en robe de chambre). Il voulait aussi qu’elle diminue la choucroute qu’elle avait sur la tête de 15 cm. Là, je vous laisse regarder ici le témoignage désopilant sur le règlement de cette question.
J.L Godard prétend qu’aucune scène érotique n’était prévue dans la version initiale de son film et que ses producteurs ont tenté de lui en imposer trois, car tout de même, Brigitte Bardot ! Après de longues « négociations » et même une rixe, il en a consenti
une ! Et c’est une merveille, nous la connaissons tous. Paul (Piccoli) n’embrasse pas Bardot (Camille) mais nous voyons à la place : « Tu aimes mes pieds…. » La scène sublime et inoubliable du film ! (qui est un même temps, un pied de nez à ses voyeuristes producteurs)
Nous terminerons par Michel Piccoli. L’un et l’autre se sont compris, sans se parler. Piccoli est comme on le verra souvent, très contenu, peu disert, le registre émotionnel est quasi inexpressif chez lui, tout est intérieur. Ses émotions sont soutenues par la musique de Georges Delerue. Fritz Lang qui joue dans le film dit de lui quelque chose comme « ce n’était pas un acteur que je voyais, mais un homme vivant avec sa tension intérieure et son mystère ».
Le Mépris, nous l’avons revu à la télé, oublions la télé, Godard en dit ceci : la télévision fabrique de l’oubli, le cinéma des souvenirs ! Nous allons revoir une œuvre d’art, un chef-d’œuvre.
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Année 2021
JLG-Le Mépris
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