LES CRAMÉS DE LA BOBINE

L’Art d’aimer (présentation)

mercredi 4 janvier 2012 par Danièle

"Les Cramés de la bobine" présentent "L’Art d’Aimer" écrit et réalisé par Emmanuel Mouret. Ce film, sorti en novembre 2011, est le sixième long métrage d’Emmanuel Mouret.

Le réalisateur

Emmanuel Mouret est un jeune réalisateur, né en 1970 à Marseille. Il est diplômé de la Fémis dans la section "Réalisation", et, par ailleurs, il a suivi des cours d’art dramatique pendant 4 ans. Ainsi, comme Woody Allen, Nanni Moretti ou Nuri Bilge Ceylan, il joue le rôle principal de ses films. Son talent s’exprime dans le registre de la comédie douce-amère. Ses comédies s’appellent "Laissons Lucie Faire" en 2000 avec Marie Gillain, "Vénus et Fleur" en 2004, "Changement d’adresse" en 2006, avec Frédérique Bel, "Un baiser s’il vous plaît" en 2007 avec Virginie Ledoyen, Julie Gayet et Frédérique Bel, "Fais-moi plaisir" en 2009 avec Judith Godrèche, Frédérique Bel et Déborah François.

E. Mouret a été de nombreuses fois nominé lors de différents festivals :
— à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs en 2006, pour le film "Changement d’adresse" avec 3 nominations : (Prix Europa, Prix Art et Essai, Prix Regard Jeune).

— pour le Raimu de la Comédie en 2008 dans les catégories Prix de la mise en scène et Prix du scenario pour « Un baiser s’il vous plaît »
— au Festival de Sarlat 2011, il a été nominé dans 3 catégories pour « L’Art d’aimer » (Prix du Public, Prix du jury Jeune, Prix des lycéens)

E. Mouret a remporté un Prix, au Festival de Cabourg en 2008 : le Swann d’Or du meilleur réalisateur pour « Un baiser s’il vous plaît ».

 Le style d’Emmanuel Mouret

Ses films sont tous des comédies sentimentales.

Le ton de ses comédies est celui de rencontres drolatiques et sensuelles, de personnages volubiles et de quiproquos amoureux.

Il s’appuie sur la tradition française du marivaudage et nous montre, à travers ses comédies, sa manière très personnelle d’envisager le couple, ses élans et ses doutes.

E. Mouret prend toujours ses sujets très au sérieux mais il aime mêler la fantaisie à une certaine gravité. L’humour signale une distance, une pudeur. Il affirme : "C’est une question de caractère. Je ne suis pas quelqu’un d’entier, mais plutôt de vacillant."

Il est, en général, l’interprète principal de ses films, un acteur à l’allure auto-entretenue de grand dadais sentimental. Il vient de Marseille et a gardé son accent ensoleillé, donnant à ses films une note atypique.

 L’art d’aimer d’Ovide.

L’Art d’aimer est une œuvre en vers du poète latin Ovide parue autour de l’an 1. C’est une initiation à l’art de l’amour et surtout de la séduction. C’est une œuvre à la fois didactique et poétique. Avec le Kâma-Sûtra, le Banquet (Platon), le Satiricon (Petrone), L’Art d’Aimer est l’un des textes érotiques les plus connus au monde.

L’ouvrage est divisé en 3 livres.

Le premier enseigne aux hommes à séduire les femmes. Ovide décrit plaisamment des techniques d’approches qui ont peu vieilli : où trouver les belles filles à Rome, engager la conversation, multiplier les petits gestes attentionnés…, comment voler les premiers baisers et une première étreinte.

Le second apprend à transformer sa conquête en amour durable : la fréquenter assidument, user de mots tendres et agréables,… Tolérer sans jalousie quelques rivaux et fermer les yeux sur les petites infidélités de la belle, tout en cachant celles que l’on commet.

Le dernier livre s’adresse aux femmes et prodigue les conseils pour séduire et garder la relation : coiffure, habillement, maquillage, attitudes qui mettent en valeur, y compris pendant l’acte amoureux.

L’image du couple qu’Ovide présente est très éloignée de l’ancienne morale traditionnelle et reflète l’évolution des mentalités de la fin de la période républicaine.

Ovide fut exilé à Tomis sur les bords de la Mer Noire par Auguste, pour des raisons exactes assez mal déterminées. On affirme parfois que son ouvrage est à l’origine du bannissement de son auteur, par son amoralisme latent à l’époque où Auguste sévissait contre les débordements amoureux de sa propre fille, et se montrait attaché à un nouvel ordre moral. Plus généralement, par ses encouragements à l’amour libre, l’Art d’aimer bafouait les lois contre l’adultère que venait de promulguer Auguste.

 Emmanuel Mouret et la musique

Le réalisateur accompagne ses images d’un choix musical raffiné, par des emprunts au répertoire classique et des créations originales.

E. Mouret est un réalisateur mélomane dont les films sont autant à entendre qu’à voir. Son goût pour la musique est perceptible dans tous ses films. Ainsi, "Changement d’adresse (2006)" contait les aventures amoureuses d’un corniste maladroit épris de son élève.

Dans "Un baiser s’il vous plaît" (2007), Franz Schubert, auquel E. Mouret voue une grande admiration, joue un rôle clé dans l’intrigue.

"L’Art d’aimer" s’ouvre sur un prologue ouvertement musical dans lequel un pianiste compositeur recherche la musique qui pourrait traduire dans l’univers sonore, l’absolu de l’amour.

Le compositeur de ce film est Frédéric Norel qui a essentiellement travaillé sur ce prologue. Il a créé de petites pièces musicales, une par femme rencontrée, "chaque pièce devant prendre le relais de la précédente avec élégance et contraste."

Mais pour l’essentiel du film, on reconnaîtra les grands compositeurs que sont Tchaïkovski, Brahms, Mozart et Schubert.

Dans l’œuvre d’E. Mouret, la musique est le révélateur des sentiments des personnages et non la simple illustration ou paraphrase.

Elle accompagne de ses rythmes, de ses timbres, de ses couleurs les mouvements, les actions et même les délibérations intimes, les hésitations. Elle reste auprès des personnages, comme une amie, dans les moments de solitude.

 Le film

"L’Art d’Aimer" est une comédie qui nous propose un ballet amoureux composé de saynètes centrées autour du désir et de l’infidélité. Sept histoires de couples s’entrecroisent avec malice et subtilité. E. Mouret reprend donc ici la tradition du marivaudage, avec des accents rohmériens. Ce tourbillon amoureux brode, dans l’esprit de l’Art d’Aimer du poète Ovide sur le trouble délicieusement douloureux de l’insatisfaction entretenue du désir.

Ce film est servi par une galerie d’acteurs prestigieux, notamment ses actrices fétiches, Frédérique Bel, Judith Godrèche et Ariane Ascaride mais il élargit le cercle avec bonheur, en particulier grâce à François Cluzet excellent dans son rôle de maladroit frustré, toujours à contre temps.

 Les actrices

Ariane Ascaride, l’actrice de Robert Guediguian que nous avons vue en décembre dans « Les neiges du Kilimandjaro » et qui a déjà joué avec E. Mouret dans « Changement d’adresse » en 2005.

Judith Godrèche

Elle a 39 ans, et a commencé le cinéma à14 ans dans « Les mendiants » de Benoit Jacquot dont elle deviendra la compagne à 16 ans. Elle a obtenu la reconnaissance du public dans « La fille de 15 ans » de Jacques Doillon (elle a 15 ans). En 1991 elle obtient le Cesar du meilleur espoir féminin pour « La Désenchantée » de Benoit Jacquot. Le public américain la découvre dans « Ridicule » de Patrice Leconte en 1996. On la voit dans « L’homme au masque de fer » aux côtés de Leonardo de Caprio en 1997, en 2002 dans « L’Auberge Espagnole » de Cedric Klapish…
Elle a aussi réalisé un film en 2010 « Toutes les filles pleurent » et écrit un livre « Point de Côté » qui a eu de bonnes critiques.

Frédérique Bel, joue dans tous les films d’E. Mouret depuis 2006, (« Changement d’adresse » puis (Un baiser s’il vous plaît, Fais-moi plaisir, L’Art d’aimer).

Elle a 36 ans. Elle a été révélée au public français par son personnage dans la série télévisée "La minute blonde" sur Canal+. Elle apparaît également dans des comédies à succès : "Camping" et "Safari". On a également pu l’apprécier dans "Les Extraordinaires aventures d’Adèle Blanc Sec" de Luc Besson en juin 2010.

En lui confiant le rôle de sa fragile et affriolante colocataire dans "Changement » d’adresse", Emmanuel Mouret lui a ouvert les portes du cinéma d’auteur.

Pascale Arbillot

Actrice française née en 1970, qui a fait Sciences Po et s’est ensuite dirigée vers la comédie. Elle a une longue filmographie. Elle a tourné dans "Cut", le court métrage d’Alain Riou. Elle a obtenu le Raimu de la Comédie pour son rôle dans "Parlez-moi de la pluie" d’Agnès Jaoui. On peut la voir actuellement dans "Toutes nos envies" de Philippe Lioret.

Julie Depardieu

Elle est née en 1973. Elle ne voulait pas faire de cinéma et a étudié la philosophie. Sa filmographie est longue. On peut noter qu’elle a reçu en 2004 le César du meilleur espoir féminin et le César du meilleur second rôle féminin pour sa prestation dans "La Petite Lili" de Claude Miller. Elle a obtenu à nouveau en 2008 le César du meilleur second rôle féminin pour son rôle dans le film "Un secret" de Philippe Grimbert

Les acteurs

François Cluzet, le plus connu, surtout aujourd’hui, après "Les Intouchables"

Il est né à Paris en 1955. Il a fait plus de 60 films au cinéma, plus une quinzaine de films à la télévision et une dizaine de pièces de théâtre. Il a reçu le César du meilleur acteur pour "Ne le dis à personne" de Guillaume Canet.

Louis-Do de Lencquesaing, (né en 1963) est un acteur qui monte et que nous avons vu cette année dans "My little princess", "Polisse", "L’Apollonide"). Il a une filmographie abondante, il est aussi réalisateur de cinéma, acteur et metteur en scène de théâtre.

Laurent Stocker, est lui aussi un acteur qui connaît un récent succès, et que l’on vient de voir "L’Exercice de l’Etat" de Pierre Shoeller.

Il est né en 1973 et c’est un acteur de cinéma et de théâtre, sociétaire de la Comédie Française. Il a joué, entre autres, dans "Ensemble, c’est tout" de Claude Berri dans un rôle pour lequel il a remporté le César du meilleur espoir masculin en 2007.

Gaspard Ulliel est le seul à avoir été recruté, pour ce film, après un casting. Tous les autres acteurs avaient été prévus pour ces personnages.

Nous l’avons vu récemment interpréter Henri de Guise dans "La Princesse de Montpensier" de Bertrand Tavernier et Joseph dans "Un barrage contre le pacifique" de Rithy Panh

On peut aussi souligner que la voix off, élément essentiel du film, est celle de Philippe Torreton, "voix nette et affirmée" comme le souhaitait le réalisateur.

Je vous laisse admirer leur talent.


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