LES CRAMÉS DE LA BOBINE

Les Révoltés de l’île du Diable (présentation)

mercredi 11 janvier 2012 par Jean-Pierre

Marius HOLST est également producteur, c’est son 4ième long métrage, premier à sortir en France.

Autres réalisations ou productions :

1994 "Cross my heart and hope to die"

2005 "Next door"

2006 "Nouvelle donne".

Ce film présenté dans plusieurs festivals a reçu des prix et a été nominé :

3 "Amandas" au Festival International du film norvégien de Hansegund (meilleur film, second rôle, musique)

Mostra de Valencia : palme d’or.

Festival du film de Sarlat 2011 : 3 nominations (prix du public ville Sarlat, prix conseil général Dordogne, prix conseil régional Aquitaine).

+ quelques autres festivals…

Ce film a été réalisé avec 2 acteurs professionnels seulement, les autres personnages étant des débutants ; pour certains c’était leur premier film. Quelques uns ont connu la prison ou des établissements spécialisés.

 Acteur principal :

Stellan SKARSGARD né en 1951. Révélé à 16 ans dans une série télévisée, en 1972 il entre au théâtre royal de Stockholm et en devient un pilier jusqu’en 1988. Son premier grand rôle en 1982 dans l’assassin candide lui vaut le prix de meilleur acteur au festival de Berlin. Il a joué avec les plus grands (Bergman) et compte des dizaines de films à son actif. Acteur fétiche de Lars Von Trier ("Breaking the waves" 1996, "Dancer in the dark" 2000, "Dogville" 2003, "Mélancholia" 2011) citons encore "L’insoutenable légèreté de l’être" en 1988, "A la poursuite d’octobre rouge" 1990, "Amistad" (Spielberg) 1998, "Les fantômes de goya" (Forman) 2007… et d’autres films grand public.

 Autres acteurs :

Kristoffer JONER né en 1972 4 films à son actif. "Le surveillant".
Benjamin HELSTAD N° 19

 Le film :

L’histoire : Au début du 20ème siècle, dans l’hiver norvégien, sur une petite île désolée et glacée, dans la maison de redressement de BASTOY, un nouveau détenu refusant la soumission pousse les autres à se révolter contre une direction autoritaire et brutale. Une violente émeute commence… Jusqu’où cela ira-t-il ?

Récit tiré de l’histoire vraie de l’institution BASTOY pour jeunes garçons créée suite à une décision parlementaire visant à « venir en aide aux enfants négligés par leurs parents » en 1896. Ouverture en 1900. Plutôt que de punir il s’agissait de donner une éducation conforme aux critères de bienséance de l’époque afin d’éviter aux jeunes de devenir de grands délinquants. Appui sur le savoir-faire d’autres établissements européens, ensuite considérée comme exemplaire car plus tôt on prend en charge les jeunes, plus on augmente leur chance de réinsertion sociale. Fermeture 1970.

 Génèse du film : interview de M. HOLST

Enfant il habitait non loin de cette île, autour de lui on en parlait comme d’une légende ou d’un mythe sans beaucoup de concret. Un entretien avec un vieil homme qui y avait séjourné a provoqué sa curiosité et l’idée d’un sujet pour un film.

Il a pu consulter les archives de l’institution (lettres, journaux intimes, RI.) a recueilli des témoignages directs de pensionnaires des années 30-40. Il a consulté des documents sur les émeutes qui s’y sont déroulées en 1915 et sur la manière dont l’Etat les a réprimées en envoyant l’armée. Il a été frappé par le fait que ces événements se soient déroulés dans un pays réputé par son pacifisme. Mais à l’époque les gens n’hésitaient pas à utiliser les châtiments corporels dans les familles, à l’école et encore plus à l’institution Bastoy « … il recevra 10 coups de fouet ou bien sera fouetté jusqu’à ce qu’il saigne… » (RI) .
Profil des jeunes de Bastoy : « La plupart d’entre eux n’avaient commis aucun crime, et ceux qui s’étaient attirés des ennuis n’étaient jamais passés devant un tribunal. Ils étaient âgés de 8 à 21 ans et, pour la grande majorité, leur seul crime était d’être issus d’un milieu pauvre et défavorisé, de vivre dans une famille monoparentale ou d’avoir des parents alcooliques… L’Etat considérait alors que le père ou la mère n’étaient pas aptes à s’occuper de leurs enfants et jouait alors le rôle de parent de substitution ».

L’île de Bastoy étant aujourd’hui une prison modèle ouverte et écologique pour adultes Holst a tourné en Estonie dans des lieux peu touchés par la modernité. Il a créé l’histoire en s’inspirant des témoignages reçus.

 Construction du film :

La structure du film est simple : elle s’organise en 2 temps : d’abord l’ordre, ensuite la révolte. On y trouve tous les clichés sur la représentation des prisonniers (matricule, tête rasée, isolement, nourriture insuffisante…) et les figures du genre imposées (l’arrivée au centre, les luttes entre leaders, les humiliations…). Tout est là pour créer l’empathie envers ces jeunes quoi qu’ils aient pu faire.

La violence des situations est exacerbée par la rigueur du climat, par l’atmosphère glaciale, la mer houleuse, les étendues neigeuses immaculées qui renforcent le sentiment d’isolement et d’abandon. Le blanc, omniprésent dans le film nous rappellent les œuvres du peintre Norvégien Munch et du Danois Hammershoi.

Le cadre glacial et isolé, l’intensité du jeu des jeunes acteurs, le réalisme brutal de cette histoire vraie donnent de l’intensité dramatique à ce film qui aurait pu n’être qu’un nième film sur une prison d’enfants.

Prison, bagne pour enfants que la France a également connu jusqu’en 1945 (Belle île en mer, Le Luc, Aniane…) dénoncé par Prévert dans « Chasse à l’enfant ».


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