LES CRAMÉS DE LA BOBINE

La Douleur des mères et des épouses

lundi 17 octobre 2011 par Danièle

2ème film de la cinéaste libanaise Nadine Labaki (après Caramel qui a connu un succès international), "Maintenant, on va où" a été présenté au Festival de Cannes en mai 2011.

Il y a obtenu le Prix Œcuménique et le prix François Chalais.

Il évoque la guerre civile libanaise et ses séquelles, sous la forme d’une fable mêlant drame et comédie, toujours du point de vue des femmes.

L’histoire se déroule dans un village de montagne, très isolé, où musulmanes et chrétiennes s’unissent pour éviter, par la ruse et le sacrifice, que leurs hommes s’entretuent.

Nadine Labaki choisit de penser les blessures d’un pays à travers la douleur des mères et des épouses et leur révolte contre la bêtise masculine qui les enferme dans un cycle de deuil permanent (cf la première scène bouleversante).

 Un drame ? Une comédie ? Non, un conte.

Mais la réalisatrice a voulu que son film soit autant une comédie qu’un drame et qu’il suscite autant le rire que l’émotion. Elle a donc choisi d’exorciser le tragique de la situation par le rire et les danses, mêlant comédie, comédie musicale et drame pour explorer la guerre, la mort et les tensions religieuses. Ce n’est pas un drame, c’est un conte, une fable, le rêve d’une paix amenée par les femmes au-delà des appartenances religieuses.

 Le Liban n’est pas nommé

On comprend que le pays dans lequel se déroule la guerre est le Liban, mais à aucun moment son nom n’est cité (comme dans Incendies de D. Villeneuve). A ce sujet la réalisatrice dit "
Pour moi cette guerre entre deux confessions est universelle. Elle pourrait tout aussi bien se dérouler entre sunnites et chiites, entre noirs et blancs, entre deux partis, deux clans, deux frères, deux familles, deux villages… C’est l’image même de toutes les guerres civiles dans lesquelles les gens d’un même pays s’affrontent alors qu’ils sont voisins et même amis."

Ainsi, en refusant de situer son histoire dans un espace et un temps identifiés, elle confère à son petit groupe de femmes isolées dans un village coupé du reste du monde une portée symbolique. La révolte de ces femmes contre un état de fait douloureux depuis trop longtemps subi pourrait en effet figurer n’importe quel combat, n’importe où. (les révoltes du Printemps des pays arabes peut-être, avant même leur éclosion.

  Une histoire réelle ?

La réalisatrice du film ne s’est pas inspirée d’une histoire réelle. L’origine du film est au contraire très personnelle. "J’ai appris que j’attendais un enfant le 7 mai 2008. " Dit-elle". "Ce jour-là Beyrouth a une fois de plus repris le visage de la guerre…une véritable guerre de rue. Des gens qui habitaient depuis des années dans le même immeuble, qui avaient grandi ensemble, qui fréquentaient la même école, se battaient du jour au lendemain parce qu’ils n’appartenaient pas à la même communauté. Là, je me suis dit : si j’avais un fils, qu’est-ce que je ferais pour l’empêcher de prendre un fusil et de descendre dans la rue ?"

L’idée du film est partie de là.

 Le tournage

Le film a été tourné à l’automne 2010 au Liban, entre la Bekaa et la montagne chrétienne au nord de Beyrouth.

Nadine Labaki est à la fois réalisatrice et comédienne dans son film mais ce qui rend les choses encore plus compliquées c’est que le personnage central du film est le village : il fallait donc gérer une centaines de personnes en même temps et qui n’étaient pas professionnelles pour la plupart.

Le plus difficile a été de faire danser des non professionnelles et il s’agissait de femmes d’âges et de silhouettes différents. Beaucoup de répétitions ont été nécessaires. Mais cette scène a été tournée le premier jour, entrant ainsi dans le tournage d’une manière impressionnante. "Voir ces femmes dans ce paysage et cette lumière magnifique donnait la chair de poule" dit-elle.

Problème de l’identité libanaise.

Les Libanais prétendent être les gens les plus émancipés et libres du monde arabe mais ils vivent dans la hantise du "qu’en dira-t-on". Beaucoup de tabous restent à régler.

Toute une partie de la société libanaise, instruite et cultivée, ne parle plus l’arabe mais l’anglais ou le français. Or ce sont ceux-là qui pourraient le parler le mieux.

Ainsi, Nadine Labaki a voulu tourner son film en arabe car elle craint de ne pas être aussi authentique dans une autre culture que la sienne et elle tient à faire vivre cette "vieille langue" qui quand elle est bien parlée est très belle.

"Et maintenant, on va où ?" est le seul film arabe à avoir été sélectionné à Cannes.


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