C’est l’histoire mafieuse et familiale de bookmakers de jeux de hasard, ici en banlieue de Buenos Aires, et dont le Parrain serait devenu résolument Marraine “obligée” de reprendre les affaires de son père mort, pour assurer le train de vie de la famille, et peut-être aussi de partir en quête de l’image de son père.
Le titre du film le promet, Quelque chose de neuf…, est un dispositif purement inventif —déjà vu par ailleurs—, combinaisons de vidéos-amateur, granuleuses à souhait, et donc datées, venant s’ajouter au cadre très contemporain (fabuleux huis-clos sombres, superbes images de la ville…), et même de celles des caméras de vidéo-surveillance qui entourent la fausse entreprise d’une zone pavillonnaire, camp retranché et centre névralgique des arnaques aux paris truqués…
C’est un mélange des genres qui peut produire des effets de basculement entre l’archive, et les images récentes de fiction. Maribel Felpeto n’est pas un personnage inventé, mais la voisine d’enfance bien réelle du réalisateur, une artiste plasticienne de Buenos Aires qui lui a confié un stock de cassettes d’archives de famille tournées par son père (entre 1985 et 2000) à partir desquelles Rosselli a construit son scénario et tourné ses images.
Ainsi l’archive deviendrait fictionnelle, pendant que le tournage actuel prendrait carrément des allures documentaires, formant cette complexité scénaristique (parfois un peu trop allusive) qui passe (heureusement), au second plan d’une narration en voix off, sur une musique de J.S. Bach revisitée de saturations électroacoustiques. Mais a-t-on toujours besoin de tout comprendre au cinéma ?
Les vidéos-amateur, structurent la continuité de l’histoire, par un recours subtil aux archives en vue de limiter le nombre de jours de tournage (dixit H. Rosselli). De ce point de vue c’est bien amené. Une histoire de mafieux dans une banlieue de Buenos Aires au quotidien (comptage des billets, règlements de comptes, territorialité modeste du « business », dans une violence tenue hors-champ le plus souvent (Ouf !).
Quelque chose d’emprunté… recherche de filiation fascinée et méfiante de Maribel en quête de l’identité de son père, figure tutélaire du clan, disparu dans le maelström de rebondissements d’un réalisme troublant… jusqu’à la scène finale qui fondra le portrait d’un personnage féminin d’une force incroyable, dans un point d’interrogation en forme de générique… Hernán Rosselli ne nous en dira pas plus, le jeune cinéaste (né en 1979) est connu comme monteur de talent en Argentine (3 long-métrages).
La création plastique [on le voit par ailleurs], (qu’elle soit peinture, photographie…) peut —et doit même— déranger, bousculer, pour pousser à se réfléchir ou se penser dans sa contemporanéité. Quelque chose… a à voir avec ça. Le film touche à l’émotion et probablement au corps défendant du spectateur…
Une telle radicalité de parti pris crée une atmosphère particulière (je pense en vrac à Haneke ou Pasolini et Godard…) qui peut donner l’impression de se sentir perdu… Serait-ce que le sens du film (ou sa résolution) se trouve précisément dans la transmission filiale (père/fille), dans une courte séquence très explicite de recherche d’identité sur les réseaux sociaux.
S’il ne s’agit-que de ça, alors nous sommes en face d’une œuvre majeure.
Pierre Oudiot, pour l’Association des Cramés de la Bobine