LES CRAMÉS DE LA BOBINE

I put a spell on you

mardi 19 novembre 2024 par Marie-Noël Barnier-Vilain

En 1984 Stranger Than Paradise, 1er long métrage de Jim Jarmusch remporte la Caméra d’or au Festival de Cannes et le Léopard d’or au festival de Locarno. On découvre alors la longue silhouette de Jim Jarmusch, dandy aux cheveux noirs et le style « jarmuschien », des images d’une marque déposée dont on retrouvera les signes identifiables dans ses quinze longs métrages (13 fictions, 2 documentaires) : le thème de l’exil et le goût pour le monochrome, les intrigues minimalistes sur des personnages souvent taiseux, les lents travellings latéraux, l’importance accordée à la musique et au silence. A travers la grande variété des musiques qui illustrent ses films, Jim Jarmusch exprime sa passion pour toutes sortes de registres et de sonorités. Il donne souvent des rôles principaux à des musiciens-acteurs.

Ainsi dans Stranger than Paradise, John Lurie, en plus d’en composer la musique, y joue Willie l’un des trois personnages. La chanteuse Eszter Bálint tient le rôle d’Eva aux côtés de Richard Edson, ex-batteur de Sonic Youth, qui fait ses débuts au cinéma dans le rôle d’Eddie.
Ancien chanteur et aux claviers du groupe underground The Del-Byzanteens dans les années 80 avant de jouer avec "Bad Rabbit" et depuis 2010 membre du groupe de rock SQÜRL, Jim Jarmusch accorde à la musique une place essentielle dans sa vie.
En 1999, il confiait au journal L’Hebdo : Le cinéma est plus proche de la musique que beaucoup d’autres formes d’art. C’est un flux, un rythme. Mais avant tout, j’aime la musique. C’est peut-être la manière la plus magnifique d’exprimer des sentiments. Je ne sais pas à quoi ressemblerait le monde s’il n’y avait pas la musique. En tout cas, je n’aimerais pas y vivre.
Le cinéaste new-yorkais aime réunir, dans des intérieurs souvent confinés ou des extérieurs peu hospitaliers, des personnages venant de différents horizons pour les livrer à des situations banales et pourtant insolites où l’ordinaire et l’étrange se côtoient, se confondent et s’annulent dans un jeu incessant d’oppositions et superpositions, de symétries et de répétitions
Dans Stranger than Paradise, en trois actes The New World , One Year Later et Paradise, c’est le côté déglingué et grunge des Etats-Unis et la problématique de l’exil avec ses frontières et obstacles que le duo Jarmusch et Lurie explore.
Un road movie lent au charme prenant qui laisse apparaître les fondations de son univers et de sa philosophie qu’il définit comme suit : “Difficile de se perdre quand on ne sait pas où on va.”


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