Achille et la Tortue est un film sur l’art et la souffrance de l’artiste, notamment celle du peintre. La peinture est en effet le violon d’Ingres du réalisateur japonais (ses toiles sont d’ailleurs exposées en ce moment à Paris à la Fondation Cartier). Beat Takeshi (nom d’acteur de Takeshi Kitano) y joue Machisu (nom donné en hommage à Matisse) qui, enfant, était un jeune peintre prodige encouragé par sa famille. Le destin de Machisu bascule le jour où son père, industriel collectionneur d’art, se donne la mort. Machisu est ensuite confié à des paysans et obligé de travailler à la ferme. Il ne s’adonnera plus à la peinture que de façon sporadique mais ne renoncera pas pour autant à devenir artiste. Et avec son premier salaire, il s’achète une galerie d’art. Il n’aura de cesse ensuite de se chercher en tant qu’artiste.
Avec ce film, Takeshi Kitano illustre à sa façon le paradoxe du mathématicien grec Zénon d’Elée (paradoxe rapporté par Aristote dans son traité Physique) : le paradoxe d’Achille et la tortue (d’où le titre du film) qui dit que le héros grec a disputé une course à pied avec une tortue en lui laissant une longueur d’avance. Dans ce paradoxe, Achille n’a jamais pu rattraper la tortue. Comme lui, Machisu courra toute sa vie après le talent et la reconnaissance qu’il a connus enfant.
Les recherches constantes d’un style par Machisu sont l’occasion de scènes drôles et cocasses qui retracent toute l’histoire de l’art du XXe siècle. Mais derrière l’absurde, moyen d’expression chéri par Takeshi Kitano, affleure avec mélancolie l’idée de cruauté que peut avoir la condition d’artiste. D’après Takeshi Kitano, ce film pourrait être un hommage aux artistes qui ont tout donné à l’art, jusqu’à leur vie.