Le 26 avril 1986 à Tchernobyl a lieu avec l’explosion d’un réacteur suivi d’un vaste incendie la pire catastrophe nucléaire de tous les temps qui, selon un institut de physique américain, aurait fait en 2000 un million de victimes dans le monde, avec le décès de 4000 liquidateurs intervenus sur les lieux, d’Ukrainiens, ou de Biélorusses ou Russie voisins, les enfants malformés, les personnes atteintes de cancers (sang, thyroïde, poumons) ou appelées à développer une maladie bien après leur contamination.
Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature en 2015, et opposante au dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko, publie en 1997 La Supplication, chronique du monde après l’apocalypse, mise en scène à la fois personnelle et objective, de témoignages aussi divers que bouleversants de ceux qui eurent à souffrir de cette apocalypse inédite, d’un ennemi invisible et incroyable, de la présence insidieuse de la radiation dans leur âme et leur chair : liquidateurs, femmes de liquidateurs, pompiers et soldats mais aussi journalistes, scientifiques et enfants aussi bien que hauts responsables du pouvoir soviétique d’alors, à 4 ans d’une autre implosion majeure, politique celle-là : l’éclatement de l’URSS.
Orchestrant ces voix en 3 parties, autour de 3 chœurs ‒ de soldats, du peuple et d’enfants ‒ l’écrivain donne à entendre la douleur, l’incompréhension, la révolte devant la fin d’un monde, les nationalismes renaissants et le mensonge étatique de l’héroïsme ou du progrès érigés en absolu…