Le dernier film de Joon-Ho Bong, "Mother", présenté hier soir, mardi 23 mars, par Christine, a été très apprécié : le débat, par sa brièveté, voire sa fulgurance, a témoigné paradoxalement de cette belle unanimité et admiration silencieuse qu’appellent les chefs d’oeuvre. Christine avait justement attiré notre attention sur le mélange des genres, de grotesque et de tragique, de film noir et de chronique familiale. Mélodrame familial, thriller psychologique, la critique, de même, ne tarit pas d’éloge sur cet opus découvert au dernier festival de Cannes dans la rubrique "Un certain regard", tout entier porté par la performance impressionnante de Kim Hye-Ya, actrice de 70 ans (et qui ne les fait pas), dans un personnage de mère aimante, exclusive (castratrice ?), toute de désarroi et de dévouement, d’obstination à prouver l’innocence de son fils accusé du meurtre d’une jeune fille et de violence éclatant enfin lorsqu’elle découvre l’amère et terrible vérité...
La force du film tient à la liaison intime de l’histoire policière et du drame intime de cette mère protégeant son fils becs et ongles. Là où les précédentes oeuvres du cinéaste coréen ouvraient des perspectives sur la réalité sociale du pays dans "Memories of murder" ou mettaient en oeuvre avec "The Ghost" des moyens spectaculaires, "Mother" adopte une démarche centripète de resserrement dramatique sur la figure de la mère et de son étrange relation avec son fils, drame familial et film noir se confondant dans l’enquête systématique et irrationnelle que mène elle-même cette mère éperdue pour son fils attardé mental, en marge d’une police ou d’une justice officielles défaillantes ou tentées par la facilité. Dès lors, la relation mère-fils compte plus que l’enquête ou le crime même, dans ce film sur l’affection maternelle, tour à tour émouvante, exclusive et terrible : " "Mother" est un film où toutes les forces convergent vers le coeur des choses" - de l’aveu même du cinéaste. Face à l’amnésie du fils dont la mémoire s’est bloquée pour censurer l’horrible révélation et qui ne livre que des bribes partielles ou mensongères, la mère représente un personnage à la fois émouvant et inquiétant : "Excessif" note ainsi que le spectateur "éprouve paradoxalement de l’empathie pour un personnage menaçant et intraitable" qui n’hésitera pas à tuer le vieillard qui a tout vu et lui révèlera l’insupportable vérité ...
Claude