Nul doute que ce genre cinématographique a quelque chose à nous apprendre sur le vivant, notre rapport d’humains avec le reste du vivant, et… sur le cinéma. Quand tout se conjugue harmonieusement, le film devient une œuvre d’art qui touche intimement tous les spectateurs en recherche de beau cinéma, de connaissances, d’émerveillement.
« Tu ne peux pas exister sans laisser de traces » (*1). Le documentariste animalier sait interpréter les signes : topographie, végétation, traces visuelles, sonores, olfactives. Il est lui-même un peu forêt, un peu lynx. Il lui faut aussi, plus prosaïquement être un spécialiste de l’image et du son. D’ailleurs dans Lynx, il y a une remarquable prise de son, vous entendrez bruisser la nature.
Sans doute certains d’entre nous se souviennent de « La Mort du Loup » d’Alfred de Vigny :
Rien ne bruissait donc, lorsque, baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s’étaient mis en quête
A regardé le sable, attendant, à genoux,
Qu’une étoile jetât quelque lueur sur nous
Puis, tout bas, a juré que ces marques récentes
Annonçaient la démarche et les griffes puissantes
De deux grands Loups-cerviers et de deux Louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions, pas à pas, en écartant les branches.
Ces loups du poème étaient en fait des Lynx dont l’association FERUS nous dit ceci : « Au XVe siècle, le lynx boréal était partout en France, en plaine comme en montagne. Puis le déboisement, la diminution des populations de ses proies et la chasse l’ont cantonné dans les massifs montagneux. Au milieu du XVIIe siècle, le lynx disparaît des Vosges. À la fin du XIXe siècle, il s’éteint du Jura et du massif Central. Le félin résiste un peu plus longtemps dans les Alpes (un lynx tué en 1928 dans le Queyras). Dans les Pyrénées, la dernière capture authentifiée date de 1917 (Pyrénées-Orientales) ».
Réimplantés il y a 50 ans, aujourd’hui en existent quelques spécimens qui repeuplent des zones marginales des Vosges, du Jura, des Alpes, et sporadiquement du Doubs. Ils sont infiniment discrets et heureux qui a pu en apercevoir. Sans doute Laurent Geslin nous montrant les lynx nous demande d’être conscients que cette vie des Lynx existe, il nous demande de la reconnaître, de la comprendre, d’en prendre soin.
Qui est Laurent Geslin ? C’est d’abord un photographe. Laurent Geslin découvre la photographie lors de ses études d’histoire de l’art, à travers des auteurs classiques tels que Cartier Bresson, Raymond Depardon ou Martin Parr. Sa passion première pour la vie sauvage le conduit vers le travail de photographes plus spécialisés comme l’anglais Stephen Dalton ou l’américain Michael ‘Nick’Nichols. (2*) Il a étudié les lynx durant dix ans, a écrit deux livres à leur sujet, il en a réalisé de magnifiques photos.
Il reconnaît chaque individu qu’il filme au son de sa voix, à ses tâches ou son caractère. Il connaît parfaitement leur milieu, ces forêts si particulières du Jura où l’on pratique la forêt jardinée, qui consiste à laisser des arbres morts au sol, à accepter la diversité des pousses et où les petits arbres ont le droit de pousser parmi les grands. Une forêt propice à la vie, et néanmoins aussi productive que n’importe quelle plantation en rang d’oignons.
Alors, Amis de la Nature et du Cinéma… Ne manquez pas Lynx !
(1) Voir Baptiste Morizot-Sur la piste animale- Acte Sud - 04.2018
(2) Faune Sauvage.Fr