LES CRAMÉS DE LA BOBINE

Du singulier au pluriel

mercredi 17 novembre 2021 par Françoise
Une femme est une femme

Genres : comédie dramatique, romantique et film musical. Mais comme c’est un film de Godard, tous les genres sont détournés …
Il s’agit de son troisième long métrage après A bout de souffle et Le petit soldat qui ont été tournés en à peine plus d’un an ( Le petit soldat n’est sorti que deux plus tard car censuré) mais qui n’ont presque rien en commun et pourtant ce sont bien des films de Godard : marqués par une cinéphilie vorace, cherchant à copier tout en innovant .
Faire comme mais différemment.

 L’histoire 

Nous sommes en 1961, à Paris, quartier du Faubourg Saint-Denis ( où tout le film a été tourné) : Angela, belle Danoise travaillant dans une boîte de strip-tease, veut un enfant d’Emile, qu’elle aime éperdument. Mais Emile refuse. Alors Angela décide de lui faire croire qu’elle va demander à leur meilleur ami, Alfred, de lui rendre ce service.
Sauf qu’Alfred est amoureux d’Angela…

 Les acteurs et la fiche technique

Evidemment Godard est à la réalisation et au scénario.
C’est Anna Karina qui incarne Angela, Godard l’a épousée en mars 1961 alors que le film est sorti en septembre de la même année.
Jean-Claude Brialy joue Emile et c’est Jean-Paul Belmondo qui interprète Alfred (Lubitsch !!). Il y a aussi Marie Dubois (une amie d’Angela) et Jeanne Moreau (une femme au bar) .
Le chef-op ou photographe est Raoul Coutard, la musique de Michel Legrand et les producteurs sont Georges de Beauregard et Carlo Ponti.

Le style et la technique Godard : nouveautés (contexte de la Nouvelle Vague).

Dans ce film Godard découvre à la fois la couleur, le studio, le son direct et le Scope. C’est son premier film en Cinémascope et en couleur.
Par exemple, pendant qu’Angela chante, un projecteur filtré par un dispositif qui ressemble à une bobine de cinéma envoie de la couleur sur son visage, du violet, du rouge, filmé en très gros plans.
En fait Godard cherche à transgresser et donc à inventer de nouvelles règles cinématographiques. Ainsi le film joue à être un film musical mais quand Anna Karina chante, la musique s’arrête. Il veut briser les règles classiques du genre pour établir les siennes propres, surtout au niveau du montage.
Ce film est un condensé de sa pratique ; il veut rompre la « fluidité » naturelle du récit pour montrer une autre dynamique, plus forte, plus imprévisible, finalement plus vivante .
Avec le montage il veut une réalité alternative, qui ne raconte pas moins mais qui raconte autrement
Il expérimente de nouveaux rapports image/son par exemple en rendant ses personnages muets ou les faisant dialoguer au moyen de mots écrits.

 Les inspirations et références du film.

Beaucoup de clins d’œil au cinéma américain (Lubitsch, Cyd Clarisse, Gene Kelly, portrait de M .Monroe). Mais ce sont surtout les films de la Nouvelle Vague qui sont évoqués : A bout de souffle, Varda, Jules et Jim , Lola .

Le film sorti en septembre 1961, a reçu un accueil mitigé (il est considéré comme mineur dans l’œuvre de Godard) et n’a pas été un succès commercial, bien que salué positivement par la critique. Notamment, Jean de Baroncelli dans Le Monde et le critique André S. Labarthe selon lequel Une femme est une femme est une étape importante du cinéma moderne.
Le film a recueilli en 1961 deux distinctions : Meilleure actrice pour Anna Karina et Ours d’argent extraordinaire pour Jean-Luc Godard au Festival de Berlin.


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