Pierrot le fou est une libre adaptation du « Démon de onze heures » de Lionel White. Godard en a fait une sorte de film noir, un autoportrait, une romance, un essai sur l’art, un collage poétique et plus encore. Le ton est donné dès le début du film par le réalisateur Samuel Fuller, invité à une fête chez les beaux-parents du héros : « Un film est un champ de bataille : amour, haine, violence, action, mort, en un mot émotion. » Et Pierrot le fou sera tout cela. Ne croyez pas cependant qu’il n’y a pas d’histoire dans ce film, il y en a une. Et c’est même un des derniers films du cinéaste où la trame narrative est encore présente. Au départ le scénario est relativement précis, il contient 27 séquences et contrairement à ce que prétend Godard après la sortie du film, il suit bien la trame du scénario qu’il a écrit en respectant notamment la structure du roman d’amour et de l’intrigue policière.
Ferdinand retrouve Marianne, une jeune étudiante qu’il a jadis aimée. Délaissant la réception où l’a entraîné sa femme, il passe la nuit avec Marianne – qui préfère l’appeler Pierrot. Au matin, un cadavre dans l’appartement et une sombre histoire de gangsters les obligent à fuir. Et le voilà embarqué dans une histoire de fou : un corps dont il faut se débarrasser, des bandes rivales, un hold-up. Une sorte de série noire absurde qui l’entraîne inéluctablement vers la mort…
Ce qui rendra ce film inoubliable, c’est le style, les trouvailles artistiques : la mise en scène, la couleur, le son, la poésie, bref la liberté de créer dans tous les domaines.
A sa sortie, Jean de Baroncelli écrivait dans Le Monde : « Comme d’autres le font avec la littérature, la musique, la peinture, Godard s’empoigne avec le cinéma, il le secoue, il le bouscule, il le malmène, il s’enfonce, il essaie de le pousser en avant sur des chemins nouveaux, bref il accomplit à sa manière son devoir de créateur. »
Vincent Malausa nous éclairera sur les multiples références picturales, poétiques, musicales, cinématographiques de Pierrot le fou. Mais le seul conseil à donner avant de voir un tel film, c’est « laissez-vous faire, prenez-le comme il vient et ce sera un feu d’artifice, un enchantement. »
Sources : Cinémathèque française : Rétrospective Jean-Luc Godard. Cinémathèque de Tours : Pierrot le fou par les élèves de première spécialité cinéma-audiovisuel du lycée Balzac de Tours.
Un film est un champ de bataille : amour, haine, violence, action, mort, en un mot émotion
Interdit aux moins de 18 ans à sa sortie en 1965 pour « anarchisme intellectuel et moral », Pierrot le fou est le dixième film de Jean-Luc Godard.
A l’origine, il souhaitait faire un petit film avec Michel Piccoli et Sylvie Vartan. A l’arrivée, ce sera Pierrot le fou avec Jean-Paul Belmondo, déjà une vedette et Anna Karina et des moyens importants. Le producteur attitré de la Nouvelle Vague, Georges de Beauregard n’a pas hésité devant la créativité du réalisateur. Parlant de Pierrot le fou, il dit quelques années plus tard : « C’est comme sur un arbre. Nous avons avons mis in coin avec une massue. Et nous avons frappé fort. Pour faire autre chose que le cinéma classique qui se faisait à cette époque. »
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Films depuis 2009
Année 2021
JLG-Pierrot le fou
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