" "Les Contes de l’âge d’or" sont quatre petits films en forme de paraboles politiques, de farces ionesciennes à l’humour décalé et absurde sur les dernières années du régime dictatorial communiste de Ceaucescu en Roumanie. A de rares exceptions près, ces quatre réalisations, scénarisées et coordonnées par Cristian Mungiu, Palme d’Or 2007 pour "4 mois, 3 semaines, 2 jours", auront séduit et amusé le public des Cramés en ce mardi 9 mars - tant elles illustrent finement, dans un registre burlesque et léger, le décalage entre la réalité de la misère, de la propagande, de la censure et l’image officielle d’un "bilan globalement positif" ou, par antiphrase ironique, d’un "âge d’or" qui fut bien plutôt une période d’obscurantisme, de rationnement et de répression.
Mais là où l’on aurait pu craindre une dénonciation virulente du communisme, une satire lourde ou grinçante du système, les cinéastes ont au contraire choisi de donner une vision ubuesque et tragi-comique de la Roumanie des années 80, qui emprunte autant à Buster Keaton ou Jacques Tati pour l’absurde quotidien qu’ au Georges Orwell de "La Ferme des animaux" ou "1984" pour la fable politique sur la propagande et le discours officiel. Dès lors, malgré son disparate apparent, cette oeuvre parvient à unir au regard amusé et insolite sur l’humour des Roumains, antidote au désespoir, une réflexion universelle sur un système politique et sur la nature humaine, faite de soumission et de débrouillardise, de raideur et d’infinie plasticité. Cristian Mungiu s’ explique fort bien lui-même sur ces "légendes urbaines" qu’il a voulu adapter : "nous, Roumains, considérons ces "légendes urbaines" comme des histoires vraies, transmises par le bouche-à -oreille. Elles étaient le sujet de conversation principal lors des longues queues dues au rationnement. L’humour a maintenu les Roumains en vie, et ce film tente de retrouver cet esprit. Le projet est de replonger avec une certaine nostalgie dans l’époque de notre adolescence, dans les années 80, à travers la musique, le langage, les objets et les stéréotypes de cette époque. Le film offre le portrait d’une nation qui tente de survivre au jour le jour face à la logique implacable d’une dictature, révélant au passage les aspects comiques d’un système politique qui se prend trop au sérieux."
Claude