Présentation
L’histoire
« Au fond des bois » est l’adaptation d’un fait divers du XIXème siècle révélé en 2005, dans le journal Libération par l’historienne et juriste Marcela Iacub.
En 1865, Joséphine, fille d’un médecin d’un petit village du Haut-Var, vit une existence tranquille. Un soir, un mendiant clopinant demande l’hospitalité à son père. A table, il se prétend muet mais sait lire et écrire. Il se livre à des tours de magie et se déclare fils de Dieu. Joséphine, impressionnée, voit en lui plutôt un envoyé du Diable.
Ainsi commence cette histoire et je ne vous raconterai pas la suite.
Marcela Iacub qui a mis au jour ce fait historique est une juriste un peu atypique et qui s’oppose à la judiciarisation de toute chose car elle pense que l’individu est doué de libre-arbitre. Elle pense notamment que condamner les « gourous » c’est reconnaître leur pouvoir.
Je vous dirai après la projection du film comment elle pose ce qu’elle appelle « l’énigme juridique »
« Au fond des bois » nous raconte une anecdote du milieu du XIXème sièclequi, avec habileté, pose de nombreuses questions :
Les questions soulevées
Question du consentement, bien sûr,
Question de la manipulation aussi
Question de la sexualité féminine surtout, à mon avis.
Le réalisateur : Benoît Jacquot
Les interprètes
Isild le Besco
Nahuel Pérez Biscayart
24 ans, Jeune acteur argentin qui a beaucoup joué au théâtre et à la télévision.
Physique remarqué en particulier par ses yeux bleus exorbités et par un jeu proche de l’art du cirque : acrobate, réactif, gesticulant, menaçant.
Au Festival de Locarno, il a charmé son auditoire par ses saluts de contorsionniste et par son allure très libre.
Les décors
Ce film a été tourné dans les paysages somptueux de la Haute Ardèche (et non dans le Haut Var), paysages à la fois très lumineux et très sombres. Chaque vallée encaissée ou grotte méconnue offre des métaphores sexuelles dans un film où le paysage magnifié par la mise en scène a une importance.
L’énigme juridique
Marcela Iacub écrit qu’elle se pose dans les termes suivants :
Si, comme l’affirmaient les médecins qui avaient examiné Joséphine, on admettait qu’elle avait été victime des pouvoirs hypnotiques du mendiant, celui-ci devait bien être accusé de viol, la jeune fille n’ayant pas consenti.
Mais cela impliquait de reconnaître le pouvoir réel de l’hypnose sur la volonté d’autrui ce qu’aucun juge n’avait fait jusqu’alors.
Donc pour que Castelan fût considéré comme violeur, on devait en même temps reconnaître ses pouvoirs psychiques supérieurs.
Dans le cas contraire, on devait admettre que Joséphine avait décidé de suivre un mendiant estropié de son plein gré, cherchant plus ou moins consciemment à fuir pendant quelques jours la vie morne et vertueuse qu’elle menait près de son père.
Pendant le procès Castellan affirma avec force que les rapports sexuels qu’il obtint de Joséphine avaient eu pour cause, non pas la libre volonté de la jeune fille mais la puissance hypnotique qu’il avait exercée sur elle. Il alla jusqu’à menacer le magistrat de l’hypnotiser à son tour.
Le jury le condamna à 12 ans de réclusion pour viol et tout le monde fut satisfait :
– Joséphine car sa moralité était sauve,
– Castellan car on reconnut ses pouvoirs hypnotiques.
Ce fut une grande victoire de ceux qui dénonçaient les dangers de l’hypnose.
Danièle
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