LES CRAMÉS DE LA BOBINE

I don’t want to sleep alone (journal des débats)

lundi 1er mars 2010 par Claude

Epouillement ou dépouillement ? Onction ou masturbation ? Vacuité à l’image des poches en plastique, motif récurrent du film ou trop-plein de sens comme de cet improbable liquide qui les emplit et finit par donner la nausée ? Torpeur désespérée, singulièrement prenante ou lenteur désespérante des plans-séquences (tribulations d’un matelas, toilette ou friction du comateux, scène d’amour impossible, menacé par l’asphyxie...) ? Beauté plastique des corps massés, entraide d’hommes en situation de précarité, entre amour et amitié ou bien froideur, voire absence d’émotion liées au mutisme des personnages, à une musique minimale (des extraits de "La Flûte enchantée", en référence au projet Mozart qui permit la réalisation du film, des chansons malaises traditionnelles, vraies bouffées d’oxygène dans la morosité générale ainsi que la magique réminiscence de "Limelight" de Chaplin - "deux petits chaussons de satin blanc") ? Mise en scène entêtante, toute de répétition incantatoire, avec ses motifs obsessionnels - le matelas, la fumée - rappel de la pollution sud-asiatique ou voile des apparences, l’eau purificatrice (la mare de l’immeuble désaffecté ou en construction, l’eau de la toilette permanente, du comateux ou du SDF sauvé et choyé) ou alors, décidément, mise en scène lourde et redondante, dont l’insistance, dont les silences voudraient à tout prix nous rendre intelligents là où un scénario un peu plus varié, une action un peu plus vivante eussent suffi à produire l’étincelle inespérée ? A moins - le notait Henri - que tout ne soit qu’une affaire de culture, de regard, d’ethnocentrisme occidental ou, à l’inverse, de décentrement, de compréhension modeste et patiente dont j’avoue n’avoir su faire preuve à l’égard de l’atmosphère orientale - attente, lenteur et silence ?

Epouillement ou dépouillement ? Onction ou masturbation ? Vacuité à l’image des poches en plastique, motif récurrent du film ou trop-plein de sens comme de cet improbable liquide qui les emplit et finit par donner la nausée ? Torpeur désespérée, singulièrement prenante ou lenteur désespérante des plans-séquences (tribulations d’un matelas, toilette ou friction du comateux, scène d’amour impossible, menacé par l’asphyxie...) ? Beauté plastique des corps massés, entraide d’hommes en situation de précarité, entre amour et amitié ou bien froideur, voire absence d’émotion liées au mutisme des personnages, à une musique minimale (des extraits de "La Flûte enchantée", en référence au projet Mozart qui permit la réalisation du film, des chansons malaises traditionnelles, vraies bouffées d’oxygène dans la morosité générale ainsi que la magique réminiscence de "Limelight" de Chaplin - "deux petits chaussons de satin blanc") ? Mise en scène entêtante, toute de répétition incantatoire, avec ses motifs obsessionnels - le matelas, la fumée - rappel de la pollution sud-asiatique ou voile des apparences, l’eau purificatrice (la mare de l’immeuble désaffecté ou en construction, l’eau de la toilette permanente, du comateux ou du SDF sauvé et choyé) ou alors, décidément, mise en scène lourde et redondante, dont l’insistance, dont les silences voudraient à tout prix nous rendre intelligents là où un scénario un peu plus varié, une action un peu plus vivante eussent suffi à produire l’étincelle inespérée ? A moins - le notait Henri - que tout ne soit qu’une affaire de culture, de regard, d’ethnocentrisme occidental ou, à l’inverse, de décentrement, de compréhension modeste et patiente dont j’avoue n’avoir su faire preuve à l’égard de l’atmosphère orientale - attente, lenteur et silence ?

Rarement le débat aura été aussi vif, un film aussi controversé en cette soirée Cramés du mardi 23 mars, où deux visions du cinéma, deux attentes culturelles se sont confrontées. Il me semble, avec le recul, que la richesse des discussions aura mis en lumière, paradoxalement, l’intérêt d’un film méconnu, encore projeté sur Paris aujourd’hui, avant-dernier opus de Tsai-Ming-Liang et qui ne laisse personne indifférent ! Le rapport au corps, le rythme de vie, la solidarité instinctive entre démunis sont sans doute bien différents en Orient et en Occident, quoiqu’on puisse voir dans cette évocation de la précarité sociale et de la misère affective une parabole universelle. Des lieux désaffectés, des gestes amoureux, des faubourgs désertés pourraient tout aussi bien apparaître chez un Tarkowski ou un Antonioni...Le film pèche peut-être plus par son symbolisme appuyé, ses indices répétés - eau, sacs, plastique - que par sa lenteur ou son piétinement. La saturation du sens finit par amener un sourire, produire un effet presque grotesque là où le cinéaste voudrait unir l’amour et la mort en un(e) geste sublime, telle cette scène où une femme masse le bas-ventre de son fils ou de son frère dans le coma : tout moralisme ou toute pudibonderie mis à part, était-il vraiment nécessaire de nous donner à voir le branle et à entendre le crissement de la couche en plastique ?

"Opérette fantastique sur le Lumpenproletariat de Kuala Lumpur" pour Le Monde, "poème urbain et languissant où le corps et sa sensualité affligée pallient l’absence revendiquée de dialogue" selon Télécinéobs, ce film semble globalement, à l’inverse, enthousiasmer la critique : les Cahiers du cinéma parlent de "virtuosité formelle sans surenchère", d’une saine lenteur "renonçant au vide pour se remplir de la durée des affects."

Claude


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