LES CRAMÉS DE LA BOBINE

"I don’t want to sleep alone" dans l’oeuvre de Tsaï Ming-Liang

vendredi 12 février 2010 par Claude

Kuala Lumpur. Un sans-abri, Hsiao Kang, est attaqué un soir dans la rue. Des travailleurs bangladeshi le trouvent et le transportent chez eux dans le bâtiment désaffecté où ils habitent. Il va être pris en charge par l’un d’eux, Rawang. Chyi, une serveuse de bar, va elle aussi tomber sous le charme de Hsiao Kang. Cet homme, qui n’était plus rien, devient l’objet de toutes les convoitises.

Le cinéaste, Tsai Ming-liang, qui habite à Taïwan, a pourtant choisi de retourner en Malaisie, son pays natal, pour réaliser ce film : la critique avait été trop virulente à son égard lors de la sortie de « The Hole » en 1998, l’accusant d’avoir utilisé des fonds publics pour montrer Taïwan sous un mauvais jour. Malgré son retour en Malaisie, il n’a pas trouvé les financements nécessaires avant 2005, date à laquelle on lui proposa de réaliser ce film à l’occasion du 250ème anniversaire de Mozart.

Pour son 8ème long métrage, Tsai Ming-liang retrouve son acteur fétiche, Lee Kang-sheng - tel François Truffaut, son idole, fidèle à Jean-Pierre Léaud.

Le réalisateur explique s’être inspiré pour son film du malaise qu’il a ressenti en 1999 lors de son retour à Kuala Lumpur, suite à la grave crise financière qu’avait connue l’Asie, sur fond de corruption et de scandales sexuels dans lesquels avait été impliqué le vice-Premier Ministre Anwar, destitué par le Premier Ministre Mahathir. « Dans ces années-là, il était impossible de ne pas remarquer le nombre de travailleurs étrangers qui traînaient dans Kuala Lumpur. Ils avaient été attirés par la croissance économique des années 90 et ont tout perdu, tel le héros du film, leurs rêves mêmes, dans la débâcle qui a suivi. »

Les critiques de presse louent la puissance poétique de ce film lent et mélancolique - « un poème urbain et languissant, où le corps et sa sensualité affligée pallient l’absence revendiquée de dialogue. » (TéléCinéObs) « Entre torpeur et apesanteur, « I don’t want to sleep alone » offre une plongée dans un labyrinthe mélancolique et merveilleusement silencieux. » (Le Journal du dimanche). La virtuosité formelle de cette œuvre, opérette fantastique dont le héros serait le lumpenprolétariat de Kuala Lumpur, repose sur de longs plans fixes frontaux, aux cadrages savants, une lumière de néons blafards et une bande-son ultra-travaillée. Le paradoxe est que cet esthétisme exhale une moiteur désespérée et nous envahit d’un sentiment d’oppression.


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