En 1997 il réalise son premier film : La vie de Jésus, Ce film inaugure sa période tragique qui va jusque Hors Satan en 2011 imprégné comme les films suivants des paysages de son enfance. Un sujet l’occupe « la coïncidence des contraires » dont parlaient déjà des penseurs chrétiens. La coexistence simultanée chez les humains du meilleur et du pire, du bien et du mal. Son interrogation métaphysique, concerne la mystique et la grâce. Après avoir lu Mircéa Eliade, il est convaincu que le sacré est contenu dans le profane. Alors, il veut traduire cette idée au cinéma. Il pense résolument qu’il faut sortir ce sujet de la religion. Avec lui la mystique, le surnaturel échappent à la théologie pour investir le cinéma, y trouver sa place contemporaine.
On remarque aussi sa propension à filmer la marge, des gens marginaux, des lieux curieux également marginaux, vieilles fermes au milieu de nulle part (ex ; le petit quinquin et hors satan), les plages désertes du nord, celles du débarquement.
Pour le Casting, il n’a jamais pu se faire aux acteurs professionnels, il recherche la vérité de l’être et non le jeu. Ainsi choisit-il toujours des inconnus, souvent récalcitrants, remarquables par leurs visages peu communs au cinéma, leurs maladresses et leur authenticité.
Le premier film présenté aux Cramés de la bobine fut Hadewijch en 2009, citons les commentaires d’alors : « Hadewijch c’est Céline ; ou plutôt, Céline est sœur Hadewijch, qui redevient simple laïque en raison d’une foi exaltée, la supérieure d’un couvent ayant décidé de la renvoyer. Or, la jeune femme, issue d’un milieu aisé, loin d’abandonner son mysticisme, découvre par hasard un univers favorable à l’épanouissement de ses aspirations : l’islamisme. Sa soif du religieux la mène jusqu’à l’hystérie et au crime. Une « rédemption » peut-elle avoir lieu ? »
Nous retrouvons « aux cramés de la bobine » Bruno Dumont en 2013 avec Camille Claudel 1915, toujours on est proche du mysticisme, mais c’est aussi un film qui comporte des exceptions par rapport aux précédents, il tourne pour la première fois avec une actrice célèbre (Juliette Binoche) et il quitte les Flandres pour le Sud. Il réalise une tragédie d’une forme littéraire, qui aurait pu être celle de Paul Claudel lui-même.
Entre 2014 et 2018, il entre dans une veine Comique qui rappelle un peu les Monty Pytons, très déconcertante ou cohabite le grotesque, le délirant, le transgressif, et le sublime, et la forme de ses films se simplifie : Ptit quinquin, Ma loute, Coin-coin et les z’inhumains. Il revient dans le Nord et aux acteurs inconnus, maladroits, extravagants et imparfaits, et pour le cas de Ma Loute, avec un mixte d’acteurs connus/inconnus et remarquables acteurs (Fabrice Luchini, Juliette Binoche, Valéria Bruni-Tedeshi et Jean-Luc Vincent, un enfant du pays) capables de comprendre les attentes sans concession de Bruno Dumont. L’humour est souvent noir, bizarre, fulgurant, confinant parfois à l’absurde. Et si on y regarde de plus près, ses films quand ils sont de forme comique comportent leur part de critique sociale et on retrouve les mêmes thèmes, les mêmes interrogations obsessionnelles que lors de ses premiers films tragiques.
En 2017, il préparait déjà sa transition avec la première partie d’un diptyque « Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc », on est à Domrémy, c’est-à-dire comme souvent chez Bruno Dumont, sur la côte d’Opale.
Là il faut s’arrêter un instant pour signaler que pour Bruno Dumont, le paysage n’est pas un décor, il est l’intériorité même de ses personnages comme de lui-même. Et le local (le Nord, les Flandres, la côte d’Opale) quand on le considère avec attention, devient universel.
Le film musical qui reprend la première partie du « Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc par Charles Péguy » sur une mise en scène délirante et une musique étonnante, curieusement belle de Igoor entre métal et rap et une chorégraphie de Philippe Decouflé, et parfois Jeannette qui chante, pas très juste mais d’une manière tellement sérieuse et belle. Le choix des dialogues Hauviette et Jeannette, ou Jeannette et Gervaise est superbe et la mise en scène et en musique l’est d’une manière incongrue et sublime. Ce que le réalisateur nous donne à voir, c’est une quête angoissée et nécessaire de la libération et de l’absolu. Quête qui conduit la jeune fille à quitter Jeannette pour devenir Jeanne et chercher à rencontrer le Roi.
C’est l’objet de Jeanne que nous avons présenté aux cramés de la bobine en octobre 2019, ce texte de Péguy dit par une enfant qui connaît son texte par cœur, qui est syntone, dans une parfaite conviction de ce qu’elle dit, c’est encore l’intuition de Bruno Dumont qui a retenu une enfant de 8 ans, Lise Leplat Prudhomme, sensible et convaincante. Il y a dans le blog un commentaire sur le film. Mais on peut dire que nous avons là une belle représentation de Jeanne dans son mystère et sa vérité, et cette petite fille fragile mais résolue qui tient tête, qui dit Péguy d’une manière tellement vivante ! et puis Péguy est chanté par Christophe d’une manière baroque et tellement belle, cette voix de Christophe !
Et voici que se présente le quatrième film de Bruno Dumont aux Cramés de la Bobine, il arrive prochainement, L’Empire, une vision cruelle et déjantée de la guerre des étoiles nous dit le synopsis. A suivre !