LES CRAMÉS DE LA BOBINE

Bruno Dumont

jeudi 17 octobre 2019 par Georges.J

Bruno Dumont est acteur, réalisateur, dialoguiste, scénariste, directeur photo, monteur né en 1958 dans les Flandres, à Bailleul d’un père pédiatre et d’une mère au Foyer, une bonne famille, traditionnelle chrétienne « un peu engoncée » dit-il. Enfant, c’est un élève moyen. Ses parents lui ont fait suivre une partie de ses études chez les frères maristes, ce qu’il n’a pas beaucoup apprécié. C’est un enfant puis un jeune homme timide, il a fait des virés à vélo ou en mobylette où il sillonne les paysages des Flandres, regarde beaucoup Laurel et Hardy et les vieux films. Adolescent, il obtient une petite caméra, il filme tout, il veut devenir cinéaste. Il se présente à l’Idhec (Femis) mais n’y est pas admis. Alors, il fait des études de philosophie, et l’enseigne quelques temps. La philosophie m’a armé pour faire du cinéma, elle m’a donné ce qu’il me manquait : beaucoup lire et apprendre à réfléchir. Il revient au cinéma en exerçant divers métiers du cinéma pour des films d’entreprise, des films de commande. Rapidement, il devient réalisateur. Là, il filme des gens communs, il se frotte à des ouvriers parfois un peu opposants à son travail, et il apprend à tourner dans ces conditions humaines particulières. (Ce qui va l’armer pour ensuite tourner avec des non-acteurs)

En 1997 il réalise son premier film : La vie de Jésus, Ce film inaugure sa période tragique qui va jusque Hors Satan en 2011. imprégné comme les films suivants des paysages de son enfance. Un sujet l’occupe « la coïncidence des contraires » dont parlaient déjà des penseurs chrétiens. La coexistence simultanée chez les humains du meilleur et du pire, du bien et du mal. Son interrogation métaphysique, concerne la mystique et la grâce. Après avoir lu Mircéa Eliade, il est convaincu que le sacré est contenu dans le profane. Alors, il veut traduire cette idée au cinéma. Il pense résolument qu’il faut sortir ce sujet de la religion. L’art en général et le cinéma sont le lieu approprié pour parler de ces choses.

Pour le Casting, il n’a jamais pu se faire aux acteurs professionnels, il recherche la vérité de l’être et non le jeu. Ainsi choisit-il toujours des inconnus, souvent récalcitrants, remarquables par leurs visages et leurs maladresses et leur authenticité.

En 2013, Camille Claudel 1915 présenté « aux cramés de la bobine » est un film de transition et une exception, il tourne pour la première fois avec une actrice célèbre (Juliette Binoche) et il quitte les Flandres pour le Sud. Il réalise une tragédie d’une forme littéraire, qui aurait pu être celle de Paul Claudel lui-même.

Entre 2014 et 2018, il entre dans une veine Comique qui rappelle un peu les Monty Pytons, très déconcertante ou cohabite le grotesque, le délirant, le transgressif, et le sublime, et la forme de ses films se simplifie : Ptit quinquin, Ma loute, Coin-coin et les z’inhumains. Il revient dans le Nord et aux acteurs inconnus, maladroits, extravagants et imparfaits, et pour le cas de Ma Loute, avec un mixte d’acteurs connus/inconnus et remarquables acteurs (Fabrice Luchini, Juliette Binoche, Valéria Bruni-Tedeshi et Jean-Luc Vincent, un enfant du pays) capables de comprendre les attentes sans concession de Bruno Dumont. L’humour est souvent noir, bizarre, fulgurant, confinant parfois à l’absurde. Et si on y regarde de plus près, ces films sous la forme comique comportent leur part de critique sociale et on retrouve les mêmes thèmes, les mêmes interrogations obsessionnelles que lors de ses premiers films tragiques.

En 2017, il préparait déjà sa transition avec la première partie d’un diptyque « Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc », on est à Domrémy, c’est-à-dire comme souvent chez Bruno Dumont, sur la côte d’Opale.

Là il faut s’arrêter un instant pour signaler que pour Bruno Dumont, le paysage n’est pas un décor, il est l’intériorité même de ses personnages comme de lui-même. Et le local (le Nord, les Flandres, la côte d’Opale) quand on le considère avec attention, devient universel.

Le film musical qui reprend la première partie du « Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc par Charles Peguy » sur une mise en scène délirante et une musique étonnante, curieusement belle de Igoor entre métal et rap et une chorégraphie de Philippe Decouflé, et parfois Jeannette qui chante, pas très juste mais d’une manière tellement sérieuse et belle. Le choix des dialogues Hauviette et Jeannette, ou Jeannette et Gervaise est superbe et la mise en scène et en musique l’est d’une manière incongrue et sublime. Ce que le réalisateur nous donne à voir, c’est une quête angoissée et nécessaire de la libération et de l’absolu. Quête qui conduit la jeune fille à quitter Jeannette pour devenir Jeanne et chercher à rencontrer le Roi. Peguy dit par une enfant qui connaît son texte par cœur, qui est syntone, dans une parfaite conviction de ce qu’elle dit, c’est encore l’intuition de Bruno Dumont qui a retenu une enfant de 8 ans, Lise Leplat Prudhomme, sensible et convaincante. Alors Jeanne ? À suivre…


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