LES CRAMÉS DE LA BOBINE

Peut-on aider ceux qui disent non ?

jeudi 8 novembre 2018 par Laurence

Lion d’Or à Venise en 1985 et César de la Meilleure Actrice pour Sandrine Bonnaire, les prix pleuvent sur ce film comme il pleut sur Mona et il serait fastidieux de les énumérer. Sans toit ni loi, un film à nul autre pareil, dont l’idée est venue à Agnès Varda presque par hasard : « Sur un monticule, pas loin de Montpellier, deux cyprès m’intriguent depuis très longtemps. J’imagine un film : Mona trouvera refuge dans une serre proche de ce tumulus et mourra dans un fossé. Les deux cyprès la veilleront. C’est sur des images précises et non rationnelles que se bâtit un scénario ».
Le titre de tournage était « A SAISIR » car Agnès Varda ne voulait pas d’une succession de sketches entrecoupés par les déplacements de Mona, c’est Mona-marchant qui est le sujet et la ligne du film. Elle voulait que le film soit rude, sans concessions ni coquetteries. On ne saisirait que des bribes d’information sur elle, délivrées par les témoins de son errance. Cependant, il fallait faire passer de l’émotion malgré cette structure contraignante et là, Agnès Varda n’hésite pas à parler de la chance d’avoir une Sandrine Bonnaire surdouée.
Agnès Varda confie que l’errance et la saleté ont toujours été des sujets qui la fascinent. Et dans les années 80, elle a noté que les « vagabonds » étaient de plus en plus jeunes. Au cours de ses repérages, elle en rencontré plusieurs notamment une jeune Kabyle qui lui a raconté comment elle vivait au jour le jour. Elle a beaucoup inspiré le personnage de Mona.
Les conditions de tournage étaient très difficiles, il faisait très froid comme l’exigeait le scénario et Sandrine Bonnaire a vécu cela dans son corps. Le film n’était pas basé sur la psychologie (d’où vient-elle et pourquoi est-elle seule), mais sur l’intensité de chaque moment vécu par cette vagabonde qui se veut libre avec obstination.
Agnès Varda avait une demande particulière concernant la réception de son film : Elle cherchait « à engager chaque spectateur à se situer par rapport à Mona, qui dit NON. (Elle) souhaitait qu’il y ait dans les salles émotion et questions. Peut-on aider ceux qui disent non ? Et veut-on même les aider ? Selon des codes de morale bien ancrés dans la mentalité collective, Mona mérite-t-elle d’être aidée ? »
Nous avons tous vu Sans toit ni loi, mais les Cramés proposent de le revoir en 2018, sur grand écran, dans une version nouvellement restaurée et de tenter, au plus profond de nous-mêmes de répondre à la question posée en 1985 par cette grande réalisatrice.

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