LES CRAMÉS DE LA BOBINE

Hotel Woodstock (Journal des débats)

mercredi 2 décembre 2009 par Claude

Pouvoir des fleurs, défonce au LSD dans un combi Volkswagen au décor indien, source de vagues hallucinatoires, brownies au haschich proposés aux parents d’Elliot, beauté botticellienne de Michaël Lang ou danse mi-Carpeaux, mi-Matisse des corps nus et libérés des comédiens sur scène ou dans l’eau - les images jubilatoires et fusionnelles d’ "Hôtel Woodstock" ont séduit les Cramés en ce mardi 1er décembre : le débat a ravivé bien des souvenirs sur cette époque de 68 qui, au-delà des excès ou des naïvetés, a marqué toute une génération et insufflé un idéal communautaire dont, pour beaucoup de spectateurs, les jeunes semblent aujourd’hui assez dépourvus. Delphine remarque pourtant que les ados ont leur musique, leur langage, leur fonctionnement spécifiques mais Christine lui rétorque qu’ils n’en restent pas moins fermés dans leur monde virtuel, leur cercle et ne paraissent animés ni par la révolte, ni par l’espoir en des lendemains qui chantent.

Ce film, présenté par Chantal Lévy, professeur d’anglais au lycée en forêt, nous aura fait passer un bon moment : Fançoise regrette certes que le cinéaste, Ang Lee, ne nous ait donné ni à voir (si ce n’est d’assez loin), ni à entendre les concerts du festival Woodstock proprement dit - la musique, telle la chanson "Freedom", ne faisant qu’accompagner le parcours d’Elliot Tiber, promoteur de l’événement, et l’organisation pratique de l’événement ; car tel est bien le propos d’Ang Lee, son parti-pris esthétisant, avec ses gros plans sur l’éphèbe Michaël Lang (joué par Jonathan Groff) ou les plans larges sur les champs de Bethel recevant non les 45 000 festivaliers attendus mais...10 fois plus (!) Tout le monde connaît Joan Baez, les Who’s ou Santana ; en revanche, grâce à l’autobiographie d’Eliot et au point de vue interne du maître d’oeuvre du festival, nous comprenons mieux en quoi Woodstock fut pour la génération hippie un événement poétique - politique même - dans une Amérique alors et toujours puritaine où Eliott venait d’une Californie libératrice - rappelle Chantal. Nous voyons surtout comment elle a pu bouleverser un individu en marquant un tournant majeur dans son itinéraire personnel. Elliot en effet découvre et ose assumer son homosexualité : et, tout en renflouant financièrement ses parents hôteliers apparemment aux abois (la mère, névrosée et hystérique, cache en fait un magot !), il se libère de leur emprise et les aide aussi à se libérer d’une vie petite et mesquine. Lui-même, architecte d’intérieur sans travail ni réussite, retrouvera le goût de la création et du voyage, prenant ainsi dans la vie un nouveau départ : il quitte ses parents pour la vraie vie, en pleine autonomie.
La discussion s’est animée autour de l’apport et de l’héritage de 68 et du mouvement hippie : Claude a rappelé les propos présidentiels biffant d’un trait ces années-là pour les renvoyer à un gauchisme soi-disant suranné ; Henri souligne la nécessité de replacer ces événements dans leur contexte pour mieux comprendre la révolution culturelle qui s’est alors opérée. Huguette et Michelle évoquent à cet égard la libération de la femme, alors qu’elle ne pouvait auparavant disposer d’un chéquier, qu’un couple non marié ne pouvait aller à l’hôtel. Huguette souligne quelle surprise (quel scandale ?) avait créée Maurice Béjart lors d’un ballet à Marseille en 1962 en montrant des corps à demi dévêtus.

En ces temps de retour à l’ordre moral ou de dangereuse médiatisation de témoignages ou d’affaires sexuels - Polanski, Frédéric Mitterrand - un film aussi vivifiant ne peut, par-delà ses facilités, qu’inciter à la réflexion et à l’amour.

Claude


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 272 / 1131167

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Films depuis 2009  Suivre la vie du site Année 2009  Suivre la vie du site Hotel Woodstock   ?

Site réalisé avec SPIP 4.4.13 + AHUNTSIC

CC BY-SA 4.0

Visiteurs connectés : 22