LES CRAMÉS DE LA BOBINE

Présentation

lundi 2 octobre 2017 par Laurence

Le réalisateur

Robin Campillo est né en 1962. Diplômé de l’IDHEC (future Femis), il y rencontre Laurent Cantet dont il devient le scénariste et le monteur pour de nombreux films : « Ressources humaines » (1999), « L’emploi du temps » (2001), « Vers le Sud » (2005), « Entre les murs » (Palme d’Or à Cannes 2008), « Foxfire, Confession d’un gang de filles » (2012), « L’atelier » qui va sortir prochainement.

Mais il a aussi réalisé ses propres films : « Les Revenants » en 2004, très remarqué pour son esthétique, son mélange de naturalisme et de science-fiction et ses thèmes sociaux et politiques. Ce film a inspiré la série à succès de Canal+. En 2014, Eastern Boys proposé par les Cramés raconte l’histoire de Daniel qui aborde un jeune homme en gare du Nord, l’invite chez lui, ce qui le précipite dans un piège qui va changer sa vie. « 120 battements par minute » se réfère à une période de sa vie : au début des années 90, il a vu à la télévision une interview de Didier Lestrade, l’un des fondateurs d’Act-Up. Il parlait de « communauté sida » composée selon lui des malades, de leurs proches, du personnel médical. Ce sera le déclic : il entre à Act-Up en 1992 et fera partie de la commission médicale.

 Les acteurs :

Nahuel Perez Biscayart

D’origine argentine, il s’est d’abord inscrit aux Beaux-arts de Buenos Aires avant de participer à des ateliers de comédie. En 2008, il vient à Cannes pour un film sélectionné à la Semaine de la Critique « Sangre Brota », il est remarqué par Benoît Jacquot qui lui confie le rôle principal d’ « Au fond des bois » (Cramés 2010). En 2014, nous le retrouvons dans « Grand Central » de Rebecca Zlotowski. Dans « 120 battements par minute », il joue un rôle central, celui de Sean. Prochainement, il sera Edouard Perricourt dans une adaptation du roman « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaître par Albert Dupontel.

Arnaud Valois

Il joue le rôle de Nathan dans le film. On peut penser que ce personnage est l’alter ego de Robin Campillo. Arnaud Valois a suivi le cours Florent, a joué dans « Selon Charlie » de Nicole Garcia, « Cliente » de Josiane Balasko, « La fille du RER » d’André Téchiné.

Adèle Haenel

Elle débute à 12 ans avant d’être nommée au César du Meilleur Espoir Féminin pour « Naissance des pieuvres « de Céline Sciamma en 2008. En 2010, elle a un rôle dans « L’Apollonide » de Bertrand Bonello, en 2014 « Suzanne » de Katell Quillévéré (César du Meilleur Second Rôle) puis « Les Combattants » de Thomas Cailley (César de la Meilleure Actrice), en 2016 « Les Ogres » de Léa Fehner etc.

Les autres acteurs

Il serait fastidieux de retracer le parcours de tous les acteurs de « 120 battements par minute », il faut savoir qu’ils ont été choisis minutieusement par 2 directrices de casting : Sarah Tepper et Leïla Fournier. La diversité des milieux présente à Act-Up a guidé les choix. Il y a un mélange d’acteurs professionnels venant du cinéma, du cirque, du théâtre, de la danse. Mais aussi des amateurs trouvés sur Face book ou en boîte de nuit. Par ailleurs, Robin Campillo trouvait « assez logique que dans un film sur un groupe qui a fait de la visibilité l’une de ses armes, la plupart soit eux-mêmes gays, et qu’ils le soient ouvertement ».

 La musique

La musique du film est d’Arnaud Rebotini, un compositeur et musicien de musique électronique français. Il se produit sous son propre nom et aussi sous le pseudonyme Zend Avesta. Il est aussi l’un des fondateurs du groupe Black Strobe. Il a écrit la musique d’ »Eastern boys ». Pour « 120 battements », il a composé une musique dans le style de la House music en vogue dans les années 90. Robin Campillo a souhaité faire danser ses acteurs sur une chanson de Jimmy Sommerville « Smalltown boy » qui témoigne du rejet par les familles de ces jeunes gens qui devaient tout quitter du jour au lendemain. Jimmy Sommerville avait fait un concert de soutien à Act-Up au Cirque d’Hiver.

 Le titre

« 120 battements par minute » fait allusion au rythme de la musique house qui rythmait les nuits de danse et les manifestations d’Act-Up. C’est aussi le cœur qui s’emballe au moment d’un coup de foudre amoureux. Pour le Dr Vilain, que nous avions convié à la présentation du film, c’est aussi la pulsation de son cœur après s’être plongé de nouveau dans cette période si difficile au cours de laquelle le corps médical était désemparé devant cette nouvelle maladie inconnue et ne parvenait pas à proposer de traitement efficace aux malades. Marie-Claude qui travaillait dans son service à la même époque décrit les précautions draconiennes employées pour soigner ces malades : double paire de gants, masques, javel, peur de se piquer et impuissance face à la maladie.

 Autobiographie ou fiction ?

Fiction. Robin Campillo a essayé de reconstituer des débats et des actions qui ont eu lieu mais les a agencés librement par rapport à la vérité historique. Pour les personnages, ils sont inspirés de personnes ayant existé mais il a surtout voulu rendre compte des débats et des tensions entre les membres, des actions notamment contre les labos et de la nouvelle « famille » que constituait l’association après le rejet dont avaient souffert nombre d’entre eux de la part de leur famille biologique. Le scénario a été écrit avec Philippe Mangeot, ancien membre d’Act-up.

Certains personnages sont reconnaissables : Sean est probablement Clews Vellay, figure emblématique du mouvement, mort du sida à 30 ans en octobre 1994 à l’hôpital Bichat et qui avait fait promettre à ses amis de lui organiser des funérailles politiques.

La mise en scène et le montage

Avec Jeanne Lapoirie, la directrice de la photographie, Robin Campillo avait décidé de tourner dans la continuité, le plus vite possible, avec 3 caméras, une scène in extenso. Cela donne une fluidité et les acteurs, particulièrement les figurants, s’abandonnent à la scène. Au départ, ils peuvent se tromper mais le réalisateur utilise ces maladresses. Et, au montage, il module la scène en passant de moments erratiques au moment où la parole et les postures sont maîtrisées. Le travail de montage a été très important et le va et vient entre les scènes de réunion, les actions et les scènes privées semble fluide et naturel.

 La réception du film aujourd’hui

Plus de 25 ans se sont écoulés depuis cette période. Dans le film nous ne voyons que des fax et le minitel comme moyen de diffusion, d’où la nécessité de ces réunions hebdomadaires. La perception que nous avons aujourd’hui de cette période est faussée par l’évolution considérable des traitements, de l’acceptation plus grande des homosexuels (même s’il reste à faire). Dans le film, nous voyons Sean faire sonner son réveil à 2 heures du matin pour prendre son médicament : un médicament inefficace qui le rend malade. Le Dr Vilain nous explique que les traitements sont aujourd’hui efficaces et les prises moins contraignantes : 3 médicaments sont présents dans un même comprimé. Une militante de l’association « AIDES » présente dans la salle indique qu’actuellement les personnes nouvellement touchées sont surtout des hétérosexuels (le)s de plus de 45 ans. Une nouvelle campagne de prévention serait nécessaire.

Sources : M Le magazine du Monde 12 août 2017 et Cinéclub de Caen, Fiche « 120 battements par minute » de Jean Luc Lecuve du 26/08/2017


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