"2001, L’ Odyssée de l’espace" n’ a pu, en raison de sa longueur et de sa projection tardive le dimanche 8 novembre vers 11h00, donner lieu à un débat entre les 35 spectateurs présents. Magie du cinéma par quoi l’on mesure mieux sa supériorité sur la télévision - sa diffusion sur le petit écran où je l’avais découvert ne m’avait laissé qu’un vague souvenir de longueur et d’ennui - il ressort toutefois des impressions échangées un éblouissement total devant la beauté des images, la solennité de la musique - les 1ères notes d’ "Ainsi parlait Zarathoustra" de Richard Strauss encadrant le film ou "Le Beau Danube bleu" de Johann Strauss, le "Kyrie" de Ligeti, Khatchatourian - et l’imagination féconde qui préside à cette histoire symbolique de l’humanité, tissant inextricablement l’espace et le temps, de la préhistoire aux espaces intersidéraux - Jupiter et au-delà de l’infini - du singe au surhomme en passant par l’homme (le savant ) et la machine - détraquée ou révoltée ? - HAL 9000. Reste cet objet troublant, leitmotiv des 4 parties du film, ce fameux monolithe noir, découvert d’abord par les singes, resurgissant 4 millions d’années plus tard sur la Lune où se rend le savant américain Floyd, approché par le vaisseau spatial Discovery, rencontré enfin près de Jupiter par Bowman renaissant foetus astral. Comment interpréter cet objet : mystère insondable, fascinant et dangereux - objet d’une quête infinie et impossible de la part de l’homme ? symbole de régénération ? permanence de la matière, du diamant noir par-delà les métamorphoses de l’homme et les aléas de l’Histoire ?
J’emprunterai à Bruno Chiron, initiateur du festival Kubrick et de la venue d’Eugenio Renzi pour "Shining", ainsi qu’ à Daniel Collongues, professeur de mathématiques au lycée en forêt, leurs rappels et remarques sur ce film, au premier pour le dossier de presse, au second pour sa présentation polycopiée proposée aux Cramés le dimanche matin. Sorti en France en septembre 1968, moins de 6 mois après sa sortie aux USA, ce film est réalisé sur un scénario écrit par Stanley Kubrick et Arthur C. Clarke, à partir d’une nouvelle de l’écrivain "The Sentinel", dont le sujet est la découverte par des astronautes d’un tétraèdre extraterrestre sur la lune. Fait notable - Kubrick et Clarke travaillent simultanément sur ce projet : le scénario pour l’un, le roman pour l’autre. Le cinéaste use de moyens jamais vus pour ce tournage : il s’entoure de techniciens renommés et s’appuie sur des outils révolutionnaires de la NASA pour élaborer son film, oeuvre de science-fiction autant que fable philosophique et poétique. En 1969, "2001" obtient l’Oscar des meilleurs effets spéciaux.
Terminons par les propos de Daniel sur le contexte technologique, historique, le symbolisme mathématique du monolithe et les préoccupations écologiques actuelles : " la volonté de faire de la science-fiction est alliée avec une réflexion sur l’utilisation de nouvelles connaissances. Parmi nous, ceux qui sont réticents à l’informatique apprécieront que HAL soit formé par un décalage des lettres de IBM. Une des nouvelles d’ Asimov, dans le recueil "Robots", présente aussi ce thème avec une connotation d’intégrisme religieux bien amusante.
Le contexte historique mérite d’être rappelé : guerre froide, menace atomique (déjà présentées dans "Docteur Folamour") (...) Il est bon de considérer ce monolithe noir, seul lien entre les différentes séquences, car ses dimensions : 1- 4 - 9 sont les carrés des 3 premiers entiers (...) Nous la relierons avec des préoccupations écologiques (énoncées dès 1970), sans compter certaines opacités de communication dans les domaines nucléaires, pharmaceutiques ou additifs alimentaires, etc., en parallèle avec la propagande d’un Luc Ferry, qui dénonçait la méfiance envers la science."
Claude