Le samedi 7 novembre à 20h30, AlTiCiné et les Cramés ont proposé, après "Barry Lindon", "Lolita", le 6ème long métrage de Stanley Kubrick, sorti en 1962, oeuvre sulfureuse s’il en est, adaptation du célèbre roman "scandaleux"de l’écrivain d’origine russe Vladimir Nabokov. 23 spectateurs étaient présents dont des adolescentes qui ont pu livrer leurs impressions, paradoxalement plus sévères que celles des adultes, sur la célèbre nymphette.
Bruno a rappelé dans sa présentation que ce fut le premier film anglais tourné par le cinéaste puisqu’il quitta les Etats-Unis (et ses ligues morales !) après avoir réalisé "Spartacus" en 1960, dans des conditions plutôt difficiles, n’ayant pas les mains libres face aux grandes compagnies comme la Warner pour maîtriser de bout en bout l’élaboration de ses oeuvres. Le plus curieux - signe également de son intelligence stratégique ! - est qu’il négocia pour ainsi dire chaque étape de son travail avec la commission de censure, sûr ainsi sinon des réactions positives du public ou de la critique, au moins de la réalisation de son projet. Renouant avec le producteur James B. Harris une collaboration entamée avec "L’Ultime razzia", il signe un accord avec la MGM qui lui donne désormais une grande indépendance financière. Le succès commercial du film lui permettra de réaliser lui-même ses cinq films suivants.
Les spectateurs ont apprécié ce film, et tout particulièrement l’interprétation de James Mason, adipeux et fragile, libidineux et torturé, ainsi que celle de Peter Sellers, dans le rôle de l’écrivain de télévision Clare Quilty, séducteur masqué en psychiatre, que tue Humbert Humbert, le malheureux héros quadragénaire amoureux des 15 ans de Lolita. Plus controversée aura été non le jeu mais l’interprétation par les spectateurs du personnage de Lolita : là où Héloïse et Maud jugent sévèrement l’adolescente - insaisissable, ingénue libertine - voire perverse pour Claude - Henri défend l’héroïne, jeune femme littéralement enfermée et phagocytée par la relation incestueuse que son beau-père lui impose après la mort de sa mère Charlotte Haze bouleversée par la découverte du journal intime de son mari et affirmant par sa séduction, son infidélité la seule liberté souveraine qui lui soit donnée : celle d’aimer. Liberté qu’elle justifie et revendique avec dignité et simplicité lorsque Humbert la retrouve enceinte et mariée à un travailleur manuel, liberté qui la hausse au-delà d’elle-même, de son image, dans sa vérité nue, irrépressible.
Claude