Une quête du spirituel jusqu’à l’obscurantisme
"Le Disciple" (Outchenik) s’inscrit dans une filmographie russe récente, hantée par la religion, le retour à la foi. A rebours d’autres réalisateurs qui opposent églises (corrompues) et croyants (purs), le réalisateur Kirill Serebrennikov, plus connu pour ses mises en scène de théâtre, en particulier des œuvres de Gogol, raconte une quête du spirituel jusqu’à l’obscurantisme. Un lycéen de Kaliningrad, pratiquant néophyte, se lance dans une application littérale de la bible, jusqu’à contester l’enseignement
dispensé dans son établissement, ou pourchasser les filles qui déambulent dans des tenues inconvenantes. Dans sa croisade intégriste, il entraîne un camarade, handicapé, et malléable, lui impose une conversion au radicalisme. Le film de près de deux heures est une adaptation d’une pièce de théâtre de l’auteur allemand Marius von Mayenburg, qui fut montée en Europe sous le titre encore plus explicite de "Martyr".
Le cinéaste a placé cette descente aux enfers à Kaliningrad, Königsberg jusqu’à la Seconde guerre mondiale. Une ville enjeu de toutes les passions, enclave russe depuis 1945, pointillé moscovite sur la mer Baltique, minuscule territoire restant de la puissance soviétique, coincée entre la Pologne et la Lituanie. Une cité qui n’est pas sans rappeler la ville natale de Kirill Semionovitch Serebrennikov, Rostov sur le Don, verrou convoité entre l’Ukraine et le Caucase. Le Disciple avait été présenté lors du Festival de Cannes 2016, dans la sélection "Un certain regard". Il a reçu plusieurs récompenses en 2016 dont le Prix François Chalais au Festival de Cannes, celui de la meilleure réalisation au Festival ouvert de cinéma russe Kinotavr, à Sotchi, et le Grand prix lors de la Semaine du cinéma russe à Londres.
Sylvie Braibant
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Le Disciple
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