LES CRAMÉS DE LA BOBINE

Peut-être le plus grand cinéaste actuel.

dimanche 14 septembre 2014 par Danièle

Winter Sleep a obtenu la Palme d’Or au Festival de Cannes en mai 2014. C’est le septième film de Nuri Bilge Ceylan après « Kasaba » en 1997, « Nuages de mai » en 1999, « Uzak » en 2003 Grand Prix au Festival de Cannes et double prix d’interprétation masculine, « Les Climats » en 2006 en compétition à Cannes, Les Trois Singes Prix de la mise en scène à Cannes en 2008 et Il était une fois en Anatolie, Grand Prix au Festival de Cannes en 2011. Il s’agit donc d’une œuvre majeure d’un artiste en pleine possession de ses moyens.

Nuri Bilge Ceylan est né à Istanbul en 1959. Parmi ses maîtres, il cite Bergman et Ozu. On le compare souvent à Antonioni. Mais, dans ce film, la parole joue un rôle prépondérant. Le scénario, co-écrit avec son épouse Ebru, est tiré de trois nouvelles de Tchekhov, notamment de « Ma Femme » et « Les Braves Gens ».

Dans cette histoire, Aydin, comédien à la retraite, tient un petit hôtel en Anatolie centrale avec sa jeune épouse Nihal, dont il s’est éloigné sentimentalement, et sa sœur Necla qui souffre encore de son récent divorce. En hiver, à mesure que la neige recouvre la steppe, l’hôtel devient leur refuge mais aussi le théâtre de leurs déchirements... Peu à peu, Aydin, sûr de lui, légèrement misanthrope, va découvrir quel homme il peut être aux yeux de ses proches. Mais, au-delà de l’intime, apparaît aussi le clivage social : impossible de se rencontrer vraiment, mais le souhaitons-nous réellement ? On ne peut que difficilement oublier une scène du film, inspirée d’un chapitre célèbre de « L’Idiot » de Dostoïevski, scène terrible qui apporte une lumière sur ce film.

Aydin est joué par Haluk Bilginer qui a vécu longtemps en Angleterre où il dirigeait un théâtre. Melisa Sözen (Nihal) joue dans des séries à la télévision. Demet Akbag (Necla) est très connue en Turquie et joue surtout dans des comédies.

Pour l’enfant, un casting a été fait dans la région et le jeune Emirhan Doruktutan qui avait un regard insolent et posait des questions assez dures a été retenu.

La musique est très soignée, chacun des mouvements du film s’achevant au son de l’andantino de la 20ème sonate de Schubert.

Winter Sleep est d’une impressionnante force visuelle. Tourné en Cappadoce, la photographie est magnifique. La composition des plans très maîtrisée. Plus qu’à la couleur, Nuri Bilge Ceylan qui a travaillé souvent en noir et blanc, s’attache surtout aux jeux de l’ombre et de la lumière, rendant ses personnages beaux comme des statues.


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