Sa filmographie
Filmographie partielle
(Les liens renvoient vers les films que nous avons programmés)
Claire Denis assistante :
1973 : Sweet Movie de Dusan Makavejev (réalisateur yougoslave)
1976 : Le secret de Robert Enrico
1975 : Le vieux fusil de Robert Enrico
1976 : Un neveu silencieux de Robert Enrico
1977 : Zoo Zéro de Alain Fleisher
1978 : Mais où est donc Ornicar de Bertrand Van Effenterre
1978 : Retour de la bien-aimée de Jean-François Adam
1979 : L’empreinte des géants de Robert Enrico
1980 : On n’est pas des anges … elles non plus de Michel Lang
1980 : Pile ou face de Robert Enrico
1980 : La passante du sans-souci de Jacques Rouffio
1983 : Hanna K de Costa Gavras
1984 : Paris Texas de Wim Wenders
1986 : Down by Law de Jim Jarmush
1987 : Les ailes du désir de Wim Wenders
Claire Denis réalisatrice
De 1985 à 1988, elle se consacre à son premier long métrage, « Chocolat ». Isaac de Bankolé est la figure centrale de ce film tourné au Cameroun, histoire semi-autobiographique de tensions raciales dans l’Afrique coloniale des années 50. « Chocolat » est présenté au Festival de Cannes, nommé aux César et acclamé par la critique américaine.
En 1989, elle propose un documentaire « Man No Run », accompagnement cinématographique d’une tournée en France du groupe de musiciens camerounais les Têtes brûlées, adeptes du Bikutsi de la forêt bêti.
En 1990, avec « S’en fout la mort », Claire Denis reste en lien avec l’Afrique en racontant l’aventure d’un béninois et d’un antillais qui pensent réussir en participant à des combats de coqs dans le Nord de la France. Le rêve finira dramatiquement
« J’ai pas sommeil », en 1994, sera l’occasion de montrer une famille antillaise bien ordinaire, plongée dans un fait divers qu’elle n’aurait jamais imaginé vivre. L’histoire se passe à Paris, dans le 18ème arrondissement, secoué en plein été par une série d’assassinats crapuleux de vieilles dames solitaires. A travers la dérive de ce tueur, Thierry Paulin, la cinéaste construit un univers très personnel, âpre et nocturne.
A travers deux films, Claire Denis aborde le monde de l’adolescence en 1994 et 1996.
– « US Go Home » est la chronique d’une petite ville proche d’une base américaine, première histoire d’une sœur et de son frère, de milieu populaire dans l’atmosphère des surprises parties des années soixante. Se mêlent histoires d’amour et engagement politique.
– Dans « Nénette et Boni », en 1996, on retrouve le même comédien Grégoire Colin, en pizzaïolo en camionnette dans un quartier de Marseille. Il est rejoint par sa sœur enceinte et fugueuse. Sensuel et dense, son cinquième long métrage a obtenu le Léopard d’or au festival de Locarno.
En 1999, elle réalise « Beau Travail » avec Grégoire Colin, Denis Lavant et Michel Subor. C’est la description chorégraphique et dramatique de l’entraînement d’une section de légionnaires à Djibouti et de la rivalité entre deux hommes.
Le film suivant, en 2001, « Trouble every day » est controversé en raison de sa thématique cannibale, une fascination pour l’animalité qui est en nous et que la splendeur du film, sa poésie incendiée n’innocentent pas. Présenté au festival de Cannes, il sera suivi d’applaudissements ou de cris de haine. Le personnage principal de ce film est Béatrice Dalle.
En 2002, avec « Vendredi soir », la cinéaste nous entraîne dans un road movie parisien, en pleine grève des transports en 1995. C’est le récit minimaliste d’une brève rencontre amoureuse entre la tombée de la nuit et les premières lueurs de l’aube. Des dialogues réduits à l’extrême, des silences expressifs dans la montée du désir de l’homme et de la femme. Interprétation remarquable de Vincent Lindon et surtout de Valérie Lemercier dans son premier rôle dramatique.
« L’intrus », sorti en 2005, est une œuvre cinématographique extraordinaire inspirée par la lecture du livre de Jean-Luc Nancy qui, à la suite d’un infarctus bénéficia de la transplantation d’un cœur, « l’intrus ».
« 35 Rhums », en 2008, raconte l’histoire d’un père (Alex Descas) et d’une fille (Mati Diop) qui vivent tous les deux, et qui s’aiment tendrement. Mais le temps a passé et l’heure de se quitter est venue. Ce film peut être relié à l’Afrique même si c’est presque imperceptible. Le père et la fille sont noirs, les passagers du RER, les clients du restaurant aussi. Seuls deux blancs apparaissent, le fiancé qui veut partir et la mère allemande qui est déjà partie.
Elle retrouve l’Afrique avec « White Material » en 2010. Quelque part en Afrique, la guerre civile s’installe. Maria, propriétaire d’une plantation de café s’obstine à terminer la récolte alors que la rébellion s’approche. Elle aborde, une fois encore les rapports complexes entre Noirs et Blancs après la décolonisation et dans le contexte des crises politico-ethniques actuelles. Le scénario de ce film a été co-scénarisé avec la romancière Marie Ndiaye, prix Goncourt 2009 pour « Trois Femmes puissantes ».
En 2013, avec « Les Salauds, Claire Denis change radicalement de registre, bouscule radicalement des méthodes de travail, son rythme d’écriture et de tournage. C’est un film noir dont le scénario est écrit en un mois et qui est tourné en dix semaines en région parisienne. Il a été présenté à Cannes dans la section « Un certain regard ».
2017 : Un beau soleil intérieur
2018 : High Life
Le cinéma de Claire Denis
Son univers :
On peut parler de l’univers de Claire Denis car son œuvre cinématographique se construit par petites touches, film après film.
Dans son cinéma, Claire Denis porte un regard sur la nature, sur les hommes et les femmes, dénué de tout jugement, de tout manichéisme, de tout sentimentalisme. C’est un cinéma attentif aux détails concrets :
Ses fidélités :
A ses acteurs : Isaac de Bankolé, Alex Descas, Grégoire Colin, Michel Subor, Béatrice Dalle, Nicolas Duvauchelle
A sa chef opératrice : Agnès Godard depuis 1985
A ses musiciens : les Tindersticks pour « Nénette et Boni », et « Trouble every day », « Vendredi soir », « 35 Rhums », « White Material », « Les Salauds ».
A son scénariste : Jean-Pol Fargeau depuis 1985
Ses engagements
Claire Denis a apporté une attention particulière aux africains décolonisés, appauvris ou prolétarisés, aux Antillais, détenteurs d’une culture qui fait place à l’irrationnel. Elle assume ses sympathies et a été en première ligne pour demander, en 1997, la régularisation des Sans Papiers.
Son cinéma
Son cinéma n’est pas un cinéma militant. C’est un cinéma très personnel.
Claire Denis scrute les zones d’ombres de personnages décalés. Elle pose sur la masculinité, sur des acteurs qui en sont une incarnation possible (Isaac de Bankolé, Michel Subor, Alex Descas, Grégoire Colin, Vincent Gallo) un regard qui en révèle la singularité et la puissance.
A propos de « Beau Travail » en 1999, elle dit : « La seule chose qui m’intéressait dans l’approche de la Légion étrangère, c’était l’idée du corps discipliné ». Cette discipline est détournée en ballet viril par le chorégraphe Bernardo Montet.
Dans les films de Claire Denis, le corps est toujours magnifié.