Ce film, sorti en salles le 4 décembre 2013, a été présenté en Sélection Officielle à la Mostra de Venise 2013.
Le réalisateur
Philippe Garrel est un cinéaste français né en 1948 à Boulogne-Billancourt. Il a commencé son œuvre en 1964, à l’âge de 17 ans avec son court-métrage « Les Enfants désaccordés ». Mais auparavant il avait déjà, à 14 ans réalisé à Londres « Une Plume pour Carole » avec une petite amie anglaise. En 1965, il signe un autre court-métrage, « Droit de visite » avec son père, le comédien Maurice Garrel. Il y raconte des après-midi d’enfants de divorcés, un père Don Juan, et la naissance d’un désir pour la petite amie de son père. Maurice Garrel jouera dans de nombreux films de son fils.
La filmographie de Philippe Garrel est abondante (25 longs métrages) et se divise en 2 périodes. De 1964 à 1983 il a travaillé dans le cadre très libre mais matériellement insuffisant du cinéma underground. Il était son propre producteur, souvent son propre distributeur, il travaillait avec des chutes de pellicule, notamment données par Godart ou Eustache.
En 1983, Garrel obtient le Prix Jean Vigo pour « L’enfant secret ». Dans son œuvre commence alors une période plus narrative, moins souterraine, en la compagnie de comédiennes telles que Anémone, Mireille Perrier, Anouk Grinberg, Catherine Deneuve (« Le vent de la nuit 1999 ») ou Laura Smet (« La frontière de l’aube » 2008)..En 1993, il réalise « La naissance de l’amour » avec Jean-Pierre Léaud pour interprète, et comme chef-opérateur Raoul Coutard. Il est ainsi très lié à La Nouvelle Vague.
Il a obtenu de nombreux prix :
– 1982 : Prix Jean Vigo pour « L’Enfant Secret »,
– 1991 : Le lion d’argent pour « J’entends plus la guitare »,
– 2005 : Le lion d’argent pour « Les Amants réguliers »,
– 2005 : Prix Louis Delluc pour « Les amants réguliers »
La méthode Garrel
Philippe Garrel réalise des films depuis 50 ans. Il a eu le temps de réfléchir à sa méthode pour faire du cinéma. En quelques mots :
– les films sont tournés dans l’ordre chronologique. Dans ses premiers films, il n’y avait pratiquement pas de scénario, l’ordre chronologique s’imposait pour permettre l’improvisation des acteurs. Maintenant, les films sont scénarisés mais il a gardé cette méthode, pour obtenir plus de vérité dans le jeu des acteurs.
– la prise unique : il ne fait qu’une seule prise par plan « Cela permet que tout le monde joue juste, que tout le monde soit concentré au même moment pour jouer le plan. », dit-il
Cette prise unique n’est pas liée à l’improvisation, elle est précédée de nombreuses répétitions
– la vérité des lieux : il tourne sur les lieux où se situe l’action
– autobiographie distanciée : il part en effet d’un matériau brut, une histoire de sa propre vie et il introduit des « écarts fictionnels », par exemple, le mélange des éléments de vie appartenant à 2 ou 3 personnages différents jusqu’à rendre le personnage méconnaissable (méthode de Proust).
Garrel rejoint ainsi les cinéastes « sans imagination » comme ils le disent eux-mêmes, où se compteraient Jean Marie Straub, Jean Luc Godart et Robert Bresson, c’est à dire des cinéastes qui se moquent de l’originalité de l’histoire qu’ils racontent, qui ne veulent pas briller par l’invention des situations, mais souhaitent comprendre ce que c’est que figurer un sentiment, un acte, une relation.
La frontière de l’aube présenté en Sélection officielle au festival de Cannes 2008 évoque son histoire avec Jean Seberg qui s’est suicidée en 1979 , Jean Seberg étant interprétée là par Laura Smet, une jeune femme elle-aussi très fragile, déstabilisée par la drogue. A Cannes, la presse a très mal reçu ce film, sur un sujet jugé trop brûlant.
Les acteurs
Le rôle masculin est tenu par Louis Garrel, le fils de Philippe et le petit-fils de Maurice. Il a joué très tôt dans les films de son père, dans Les Baisers de secours, il avait 6 ans. Il a maintenant 30 ans et une filmographie de 24 longs métrages, notamment ceux de Christophe Honoré (6 films) et de son père Philippe Garrel (6 films) mais également Jacques Doillon et Valéria Bruni-Tedeschi.
En 2014, il incarnera Yves Saint-Laurent dans Saint-Laurent de Bertrand Bonello.
Un potin, mais qui a un sens pour nous Les Cramés qui avons tant aimé Singue Sabour n°3 de notre Hit Parade 2013. Golshifteh Farahani, l’héroïne de Singue Sabour, est, dans la vie, la compagne de Louis Garrel. Nous l’avons vu aussi dans A propos d’Elly et nous allons sans doute la voir bientôt dans My Sweet Pepperland,
Anna Mouglalis joue Claudia. Révélée au cinéma dans « Merci pour le chocolat » de Claude Chabrol, elle retrouve ici un rôle majeur. Récemment elle a tourné dans Coco Chanel et Igor Stravinski de Jan Kounen (2009) et Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar (2010)(Juliette Gréco).
Esther Garrel joue le rôle de la petite sœur de Louis, ce qu’elle est dans la vie.
Nous avons pu la voir dans La Belle Personne de Christophe Honoré, « L’Apollonide -Souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello, 17 filles de Delphine et Muriel Coulin, Camille redouble de Noémie Lvovsky.
La musique du film est composée par Jean-Louis Aubert, créateur du groupe Téléphone. Philippe Garrel souhaitait des musiques écrites par un rocker, mais qui sont des balades.
La photo du film, en noir et blanc, est particulièrement soignée.Le directeur de la photographie est Willy Kurant, chef opérateur belge qui a travaillé avec JL Godart, Agnès Varda, M. Pialat, Orson Wells, etc. Il a 79 ans et une technique issue du documentaire et de la Nouvelle Vague.
Le scénario : dans ce film, le scénario est écrit à 4 mains : Philippe Garrel lui-même, Caroline Deruas (sa compagne), Arlette Langmann et Marc Cholodenko (le poète) chacun étant chargé de certaines scènes (avec une vision masculine et une vision féminine).
Le film
L’histoire de La Jalousie est banale, un homme quitte une femme pour vivre avec une autre. Ils sont tous les deux comédiens. Je ne vous raconte pas la suite mais, comme toujours chez Garrel l’amour est fort, sans limite, comme un poison délicieux.
Le premier plan du film, silencieux, porté par le noir et blanc de Willy Kurant, est dédicacé à la mère du réalisateur.
Comme dans beaucoup de ses films, Philippe Garrel explore sa propre histoire, entremêlant les rôles et les filiations. Mais il ne sert à rien de connaître la biographie du réalisateur pour comprendre et apprécier le film