LES CRAMÉS DE LA BOBINE

Un destin possible malgré la cruauté du monde

lundi 16 septembre 2013 par Marie-Annick Laperle

Le film offre au spectateur une plongée documentaire dans les bas-fonds d’une capitale tchadienne contemporaine et une histoire éternelle, celle des amants perdus qui voudraient trouver un paradis où se cacher.
Le film s’ouvre sur une scène de spectacle surprenante : un homme surnommé Grigris

réalise son rêve de danser, malgré une jambe gauche complètement paralysée. Le danseur acteur Souleymane DEME qui joue son propre rôle, fait de son handicap une chance, de sa jambe de caoutchouc, l’instrument de sa souplesse et de son corps,le lieu d’une pensée qui vagabonde en dehors de toute prison, de tout étiquetage. De jour, pourtant, Grigris est réduit à son seul handicap et bricole dans l’atelier de son oncle photographe. C’est là qu’il rencontre la belle Mimi, Anaïs MONORY, venue faire des photos. Mimi joue aussi de son corps dans les boîtes de nuit mais comme prostituée. Ces deux-là s’observent et les regards et les corps se reconnaissent. Ces êtres dissemblables sont tous deux des déclassés, des parias et chacun représente le miroir de l’autre.

Au centre du film, il y a l’argent. Pour payer les frais d’hospitalisation de son oncle malade, Grigris accepte de s’acoquiner avec Moussa, le caïd local qui fait de la contrebande d’essence. C’est l’occasion pour le réalisateur de montrer avec une esthétique documentaire personnelle, les réalités d’un monde urbain où le mal qui règne est partout le même : mafia, trafic, boîtes de nuit, riches, pauvres, hypocrisie morale et religieuse.
C’est l’occasion aussi de tenter de donner une morale. Dans l’engrenage où sont pris les personnages, on passe de la logique de la fuite en avant avec combines et compromis, à la fuite tout court vers le lieu d’un autre possible. L’avenir, semble nous dire Saleh Haroun, réside peut-être dans le retour à la communauté. Non pas un retour aux traditions sclérosantes mais dans un équilibre retrouvé entre les hommes et leur milieu ancestral.
Mahamat Saleh Haroun réalise ainsi un film tout en contrastes où il alterne moments de musique festive et moments de silence, codes du polar et longs plans contemplatifs, réalité documentaire et fiction ; Toutes ces tonalités semblent vouloir servir une vision humaniste : offrir aux deux exclus un destin possible tout en regardant la cruauté du monde..


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