communiste américain, après son soutien aux Frères de Soledad, trois prisonniers noirs américains prétendument assassins d’un gardien de prison en représailles au meurtre d’un codétenu, d’avoir organisé une tentative d’évasion et une prise d’otage qui se soldera par la mort d’un juge californien et de quatre détenus. Le film montre et démonte l’acharnement de la machine judiciaire contre l’héroïne tragique, traînée dans la boue par Reagan, alors gouverneur de Californie, ainsi que le président Nixon, contrainte de fuir le FBI et de se cacher à New York où elle sera arrêtée puis jugée. Dans une atmosphère de lutte fiévreuse où les deux camps se raidissent sur des valeurs irréconciliables, l’appareil d’Etat, le nationalisme anti-communiste contre la justice, le refus du racisme et du machisme, la situation d’Angela Davis devient l’emblème de l’oppression des minorités et communautés non assimilées mais aussi et surtout un étendard mondial pour ceux qui défendent leurs droits : tous les esprits libres, tous les grands artistes et intellectuels se battent pour leur idole, Nina Simone lui apportant le ballon de l’évasion symbolique jusque dans sa prison, Sartre et Genet dont on entend ici la voix haut perchée et le farouche message de solidarité.
En revanche, on reste un peu déçu par un foisonnement d’images pas assez mises en perspective, par des voix ou des témoignages par trop uniformes ou dithyrambiques, par un manque patent d’éclaircissements aussi bien sur l’enfance et l’itinéraire d’Angela, ses difficultés à s’imposer au sein du Parti communiste ou d’une communauté noire souvent machiste que sur l’inscription de son combat personnel dans une dynamique colllective - sans parler des circonstances mêmes de l’accusation : qu’en est-il exactement des quatre armes retrouvées chez elle et achetées pour se défendre contre des menaces de mort bien réelles ? Comment ces armes ont-elles pu être utilisées lors de l’attaque meurtrière ?
La mythification du personnage nuit me semble-t-il et au réalisme et à la force du documentaire qui, sacrifiant quelque peu à l’objet de sa dénonciation - culte des apparences, manichéisme des luttes politiques - semble hypnotisé par les dents du bonheur et une coupe afro devenue proverbiale. Restent des moments forts par la petite musique qu’ils laissent sourdre, tels meeting ou réunion où la voix déterminée, l’élocution posée et le discours rationnel gravent dans nos mémoires la silhouette élancée d’une femme racée, d’une grande dame.
Claude