LES CRAMÉS DE LA BOBINE

Week-end jeunes réalisateurs : " L’Age atomique"

vendredi 10 mai 2013 par Claude

L’Age atomique d’Helena Klotz est un film sidérant, au propre comme au figuré : ce premier film, récompensé par le prix Jean Vigo, le prix de l’âge d’or 2012 et le grand prix du jury au festival premier plan d’Angers 2012, nous plonge dans une ambiance psychédélique, avec l’errance nocturne de deux adolescents paumés, d’une boite de nuit à une forêt des Yvelines, en passant par des expériences aussi diverses que la drague, la drogue ou la castagne avec une bande de jeunes.

Fascinant comme la quête amoureuse et homosexuelle de ces adolescents, irritant comme leur oscillation permanente entre un langage trivial et des références littéraires omniprésentes, le film, qui doit beaucoup à l’esthétique du clip et au travail de la bande-son par quoi la réalisatrice entama sa carrière, navigue sur la crête du mal de vivre romantique et du vide existentiel, de la poésie urbaine et de l’esthétisme parfois gratuit.

De leur embarquement en RER où Rainer, pâle et souffreteux Nosferatu, semble dévorer des yeux Victor le timide, mal aimé des femmes, à la nature qui leur révèle leur désir et les accueille comme deux lointaines lucioles scintillant de bleu et rouge dans un ultime plan d’ensemble, les deux jeunes gens, qui rappellent l’univers de Léos Carax, évoluent dans un univers à la fois dénué de sens et de but et saturé de signes : effets visuels hypnotisants, bande originale électro, post-synchronisation des voix rendant audibles leurs propos dans la boite de nuit pourtant retentissante de décibels.

Tout semble étonnamment faux, à l’image de leur parler, de leur décalage, de cette arrogance bavarde que nous avons tous connue - vers déclamés, propos définitifs sur le (non)-sens de la vie, bagarres inutilement cherchées sur un défi stupide - et pourtant vrai : cette tristesse, cette peur (cette incapacité ?) d’aimer, cette sexualité hésitante, cette confusion entre amitié et amour, ce sentiment d’être maudit, et la moderne solitude des villes chantée par Souchon.

La mélancolie sourd contre toute attente de ces gares, de ces ponts, de ces clubs souterrains où la cinéaste a pu après un deuil trouver l’oubli et l’inspiration, de cette chanson d’Elli et Jacno qui donne son titre au film.

Vacuité du sens ou trop-plein d’angoisse, beauté ou évanescence, "L’Age atomique" fait exploser les catégories faciles, les jugements définitifs.

Claude


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