- Mobilisation du père en 1914 : Catherine Camus quitte l’exploitation vinicole de Mondovi avec ses 2 fils pour s’installer à Alger dans le quartier populaire de Belcourt, dans un appartement sans eau ni électricité. Elle devra faire des ménages à la mort de son mari. Camus garde pourtant un souvenir heureux de son enfance, écrivant dans "L’Envers et l’endroit" : "La pauvreté, d’abord, n’a jamais été un malheur pour moi : la lumière y répandait ses richesses. Dans tous les cas, la chaleur qui régnait sur mon enfance m’a privé de tout ressentiment."
- Père de Camus blessé à la bataille de la Marne : meurt en octobre 1914.
- A l’école primaire du quartier, qui mêle Français et Musulmans, Albert Camus est remarqué par l’instituteur Louis Germain, qui le fait beaucoup travailler : l’écrivain lui dédiera les "Discours de Suède" au lendemain de son prix Nobel.
- Il obtient une bourse pour poursuivre sa scolarité au lycée Bugeaud de 1923 à 1930.
En 1930, ressentant les premières attaques de la tuberculose, il quitte le foyer de sa mère et s’installe chez son oncle boucher, passionné de littérature, Gustave Acault. Il découvre Gide et "Les Nourritures terrestres".
- En 1932, Camus poursuit ses études en lettres supérieures : il a pour professeur Jean Grenier, philosophe et essayiste, à qui il dédiera "La Mort dans l’âme", "L’Envers et l’endroit " et "L’Homme révolté". Il découvre Nietzsche, Dostoïevski, Proust et Joyce.
- Il s’éprend de Simone Hié, qu’il épouse en 1934. Leur union ne durera que 2 ans.
LES PREMIERS ENGAGEMENTS POLITIQUES ET ARTISTIQUES : LES DÉBUTS DE LA CARRIÈRE ARTISTIQUE D’ALBERT CAMUS EN ALGÉRIE :
- Milite au Mouvement antifasciste Amsterdam-Pleyel fondé par Henri Barbusse et Romain Rolland contre la montée du fascisme et l’accession au pouvoir d’Hitler en 1933.
- En 1935 adhère au Parti Communiste et est affecté à la propagande mais, sensible à la cause du peuple algérien, il ne suit pas le revirement du PC après 1937 et en est exclu.
- Poursuit des études de philosophie à l’université tout en travaillant pour vivre. Il rédige en 1936 un mémoire de philosophie sur les rapports entre hellénisme et christianisme : " je me sentais grec vivant dans un monde chrétien " - écrira-t-il.
- Ne peut, pour raisons de santé, présenter l’agrégation de philosophie en 1937.
Publie en mai 1937 son premier écrit "L’Envers et l’endroit", recueil de textes courts d’inspiration autobiographique.
- Publie "Noces" en 1939.
- En 1935-1936, a pris en charge la maison de la culture d’Alger et fondé le Théâtre du Travail où il veut faire du "théâtre d’agitation" ; il est ensuite engagé comme acteur par la troupe théâtrale de Radio-Alger.
- Il devient journaliste à "Alger républicain", le journal de Pascal Pia, et son critique littéraire : à ce titre, il écrit sur "La Nausée" de Sartre, lui reprochant de fonder le tragique de l’existence sur le dégoût de la vie.
- Il écrit "Caligula" en 1939 et songe à un essai sur la notion d’absurde. Arrêtant de travailler sur "La Mort heureuse", roman non édité de son vivant, il s’attelle à l’écriture de "L’Etranger", achevé en 1940.
- Il poursuit son travail de journaliste algérien enquêtant notamment sur les conditions de vie des Musulmans en Kabylie et en dénonçant la misère. Toutefois, en janvier 1940, "Alger républicain", devenu "Le Soir républicain", ne se pliant pas aux exigences de la censure - le journal est d’inspiration anarchiste - ne peut plus paraître. Albert Camus, sans travail, doit quitter l’Algérie.
LA CONSÉCRATION DE L’ÉCRIVAIN ET LE TRAVAIL PERSÉVÉRANT DE L’ HOMME DE THÉÂTRE :
DE L’INTÉGRATION DE CAMUS DANS LES MILIEUX LITTÉRAIRES PARISIENS A SA RUPTURE AVEC L’EXISTENTIALISME :
- Camus entre à la rédaction de "Paris-Soir" repliée à Clermont.
- Travaille au "Mythe de Sisyphe" qu’il terminera en février 1941.
De retour momentané à Oran, où il enseigne quelque temps, il prépare son nouveau roman, "La Peste", dont le projet est inspiré de "Moby Dick" et sans doute aussi de la barbarie nazie.
- Il s’engage justement dans la Résistance à l’été 1942 : il prend contact avec Francis Ponge, le réseau Combat et le mouvement de Libération Nord. Il aura une activité de renseignement et de journalisme clandestin.
- La consécration vient avec les manuscrits des "trois Absurdes" : "Caligula", "L’Etranger" et "Le Mythe de Sisyphe". Le roman surtout est salué en juin 1942 comme un très grand livre par Maurice Blanchot, Jean-Paul Sartre...
- Camus poursuit son activité théâtrale avec "Le Malentendu", terminé en 1943 et tient le rôle de Garcin dans "Huis-Clos".
- Quand les mouvements de résistance - Franc-Tireur, Combat et Libération -fusionnent, il suit la rédaction de "Combat" qui s’installe à Paris en 1943. Il devient lecteur chez Gallimard et habite chez Gide.
- Il poursuit après guerre son engagement politique : face à l’agitation nationaliste en Algérie et à la répression de Sétif, il retourne en Algérie pour enquêter et se prononce pour une démocratie impliquant les musulmans. Sa réflexion sur la violence va servir de point de départ à "L’Homme révolté". Cet essai, publié en octobre 1951, provoquera de vives polémiques et la rupture avec Sartre.
- Le théâtre contribue à sa reconnaissance : si "Le malentendu" reçoit un accueil mitigé lors de sa première représentation avec Maria Casarès en 1944, "Caligula", monté en 1945 au Théâtre Hébertot, remporte un grand succès et révèle Gérard Philipe. Camus collaborera avec Jean-Louis Barrault sur "L’Etat de siège" en 1948 ou Serge Reggiani et Maria Casarès pour "Les Justes" la même année.
LE TRAVAIL LITTÉRAIRE D’UN HOMME INDÉPENDANT, RECOMPENSE PAR LE PRIX NOBEL ET LE SPECTRE DE LA GUERRE D’ALGÉRIE :
– Il travaille à "L’Exil et le Royaume" et à l’adaptation des "Possédés" pour la scène.
- En 1956, il publie "La Chute", oeuvre importante par son atmosphère sombre et désespérée.
- Son travail est consacré par le Nobel de littérature en 1957.
- Pourtant, redevenu journaliste entre 1955 et 1956 puis pris à partie lors de la remise de son prix à Stockholm par des nationalistes algériens lui reprochant son silence sur la guerre, il mesure douloureusement son déchirement d’être français et algérien. Il publie en février 1958 les "Discours de Suède" et "Actuelles III", analysant le conflit et proposant des solutions.
- Il travaille toujours pour le théâtre, adaptant pour le festival d’Angers en 1957 "Le Chevalier d’Olmedo" de Lope de Vega et il voit rejouer "Caligula". Début 1959, il met en scène lui-même son adaptation des "Possédés".
- En novembre 1959, malgré sa santé précaire, il rédige une grande partie de son nouveau roman : "Le Premier Homme". Il ne pourra l’achever : il est tué sur le coup dans un accident de voiture près de Montereau le 4 janvier 1960. On retrouva dans la voiture le manuscrit du "Premier homme" qui sera publié, inachevé, en 1994.