LES CRAMÉS DE LA BOBINE

Présentation

vendredi 29 mars 2013 par Jean-Pierre

Réalisé par Antonio Mendez Esparza dont c’est le premier long métrage. Une réussite pour un premier film puisqu’il a reçu le Grand Prix de la Semaine de la critique au festival de Cannes 2012 et 16 nominations dans divers festivals.

Le réalisateur A. Mendez Esparza est né et a grandi à Madrid puis s’est installé au Mexique et a étudié le cinéma à New York. Il partage sa vie entre ces 3 pays. En 2009 il a écrit et réalisé un court métrage « Una y otra vez » qui a remporté le prix du meilleur scénario au festival du film de Los Angeles.

 L’histoire : Une histoire simple.

Après avoir travaillé pendant des années aux Etats Unis Pedro rentre chez lui, dans un petit village de montagne, au Mexique. Il y retrouve ses filles qui ont grandi et sa femme toujours aussi souriante. Il doit se réadapter tant bien que mal à la vie de son village perdu où les habitants, habitués à la précarité se tournent vers leur famille ou les opportunités de travail au nord, de l’autre côté de la frontière.

 La frontière Mexique/ Etats-Unis

La conquête de l’ouest au 19ème siècle amène plusieurs conflits entre les 2 pays, le Mexique y perd 2 millions de Km2 , la frontière est définitivement fixée en 1895.

Mais les habitudes anciennes de déplacements vers ces territoires ont perduré. En particulier avec les déplacements saisonniers des braceros vers les exploitations agricoles de Californie, ensuite vers les industries. En 1965 la suppression des accords bilatéraux permettant ces déplacements entraîne une forte augmentation de l’immigration clandestine, c’est la période des wet backs.

Des mesures importantes sont prises pour arrêter, emprisonner, renvoyer ces immigrés mais aujourd’hui la communauté hispanique aux EU ne cesse de croître pour atteindre 45 millions sur un total de 305 dont 65% de mexicains, soit environ 29-30 millions, concentrés surtout dans les États du sud.

Cette frontière de 3200 km fait l’objet de mesures de surveillance multiples de la part de la police officielle (border patrol) et de milices citoyennes para-militaires à grands renforts de moyens technologiques modernes, vidéo surveillance, GPS, infra rouge, drones et avions… Cependant le flux n’est pas stoppé ; le racket et les violences des réseaux de passeurs, le danger des trafics de tous genres, les brutalités des milices font de cette frontière la plus dangereuse du monde avec des milliers de morts chaque année et des drames familiaux multiples.

En 2006 G. Bush décide de construire un mur. Le sénat vote la construction d’une barrière longue de 1100km. En partie réalisée aujourd’hui.

Ces mesures de contrôle frontalier coûtent des fortunes alors que les 2 pays plus le Canada ont signé des Accords de Libre Échange Nord Américains en 1992 .

Les 2 économies sont liées : 80% de la main d’œuvre agricole est constituée par des clandestins mexicains ce qui permet de sauvegarder l’agriculture US. Des années 1960 aux années 2000 les Maquiladoras, usines jumelles sur la frontières ont assuré une prospérité aux industries américaine et des emplois aux mexicains. Le Mexique étant un tout premier pays d’exportations américaines ce qui accroît sa dépendance. Son agriculture se trouve concurrencée, attaquée par les produits subventionnés des EU.

Ici et là-bas a été tourné dans une zone montagneuse du Mexique, difficile d’accès, où la population ne vit que grâce à l’aide financière des émigrants. Tous les acteurs du film sont non professionnels et interprètent des personnages qui portent le même nom qu’eux. Le réalisateur s’est inspiré de la manière dont ils vivaient pour écrire son scénario. Citons leurs noms pour le plaisir de la langue :

 Teresa Ramirez Aguirre, Pedro De Los Santos Juarez, Lorena Guadalupe Pantaléon Vazquez, Heidi Laura Solana Espinoza, Nestor Tepetate Medina, Carolina Prado Angel.

Pedro De Los Santos Juarez, le personnage principal, a connu le réalisateur en 2009 lors du tournage de son court métrage, il travaillait alors dans un supermarché. Il est le point de départ du film, c’est lui qui a établi le lien de confiance entre les gens du village et l’équipe de tournage. Egalement musicien il signe avec son groupe « Copa kings » la musique qui rythme Ici et là-bas.

Les films qui traitent de l’immigration, du passage des frontières verrouillées, des voyages semés d’embûches et de drames (La Pirogue) sont nombreux. Ceux qui traitent du retour sont plus rares. Ici on ne voit jamais le voyage ; Antonio Mendez Esparza dresse le portrait d’une famille mexicaine, d’un Mexique tiraillé entre le rêve de l’american way of life et la situation économique et sociale fragile du pays.

La question a été souvent traitée dans des films soulignant la malédiction sociale, les humiliations, les violences humaines de l’immigration clandestine où les candidats risquent leur vie ou la prison pour tenter leur chance aux États-Unis.

Ici rien de tout cela, rien de démonstratif, d’ouvertement tragique, nous sommes dans un registre intimiste et quasi documentaire où on montre le quotidien plus qu’on ne le raconte. Ce film suit sur plusieurs saisons la famille de Pedro qui survit dans un quotidien difficile et doit se reconstruire partagée entre l’espoir d’un bonheur futur et les problèmes et drames auxquels elle est confrontée. Ce film montre aussi ce village mexicain que ses habitants rêvent de quitter. Tout y est précaire, rien ne permet d’espérer un avenir sur place.

Le cinéaste montre une réalité brute, il privilégie la vertu documentaire offrant une vraie leçon de néoréalisme toute en délicatesse en longs plans-séquences contemplatifs ou les personnages sont regardés avec justesse et douceur.


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