LES CRAMÉS DE LA BOBINE

La séance du jeudi 9 avril de "Religolo"

dimanche 12 avril 2009 par Claude

La présentation de "Religolo", le débat et quelques impessions personnelles sur le film

Comme l’a rappelé Roland Duval au début de sa présentation, le titre de ce film "Religolo" constitue un mot-valise, issu de "religion" ou de "rigolo" (ou ridiculous !). Tout un programme satirique, nourri d’anticléricalisme et d’ irreligion, dont le résultat nous est apparu jeudi soir à la fois bien rempli et un peu décevant.
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D’un côté, le film fait mouche et on ne boudera pas son plaisir devant ces entretiens loufoques filmés par Larry Charles et menés avec un mélange exquis de malice gourmande et d’agacement suprême par Bill Maher, amuseur patenté de la télé américaine, animateur de talk-show tels "Politically Incorrect" ou "Real Time". L’animateur-interprète fait défiler une galerie de personnages ahurissants, gens de la rue comme érudits, théologiens, sectateurs ou représentants des grandes religions monothéistes : un rabbin révisionniste, un prêtre irlandais, des musulmans - mais l’Islam, évoqué dans la deuxième partie du film, semble un peu négligé, voire méconnu des deux compères. On ne résiste pas à la dénonciation de l’hypocrisie, du double langage, de la cupidité des Eglises constituées - sans parler de la contradiction permanente entre le discours et le réel : un sénateur fondamentaliste, dont la foi et l’activisme religieux ne résistent pas à des arguments rationnels et qui finit par douter de son propre Q.I. (!), un pasteur protestant couvert de richesses et de bijoux qui non seulement ignore le message de pauvreté du Christ mais le nie et le réinterprète à son profit, un pasteur latino-américain qui se veut la réincarnation du Christ, un rabbin - Weiss - anti-sioniste, défendant l’idée d’une patrie purement céleste - point de vue après tout respectable ! - l’ennui étant que le même personnage a rencontré - des images d’actualité en font foi - Ahmanidejab, le président iranien, fou intégriste qui en appelle à la destruction d’Israël !! Là, Bill Maher s’énerve, l’interrompt, l’autre ne cessant de protester : "laissez-moi terminer !" On peut comprendre, voire apprécier qu’un interviewer, au lieu de rester d’une froide neutralité, intervienne, manifeste sa colère et sa révolte : il y a tant de pisse-froid dans l’intelligentsia ...
Si la hiérachie religieuse paraît parfois débile, tel ce prêtre irlandais qui concède à Bill Maher, devant la basilique Saint-Pierre, l’absurdité ou l’incohérence du dogme - un serpent qui parle, un Messie dont l’enfance nous est inconnue, des Evangiles ne s’appuyant sur aucun fait vérifiable - ...on se marre franchement quand on rencontre cette Amérique profonde de l’Ouest qui a boudé le film, apprécié seulement dans les grandes villes : celle qui applaudit la "Holy Land Experience", un parc d’attraction qui met en scène la passion du Christ : de grâce, qu’on nous épargne, dans notre vieille Europe honnie par Bush, ce Disneyland chrétien stupide et ridicule pour familles bondieusardes !!
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D’un autre côté, le film nous laisse pourtant un peu sur notre faim : il prêche à des convertis, comme le rappelait Danièle, ou plutôt, pour reprendre la formule d’un journal, à des "pas convertis" ! Atteint-il son but, au-delà de la farce pour laïcs ou athées ? Fera-t-il réfléchir les croyants, fléchir un peu les intégrismes ? Donnera-t-il à entendre la voix de cette vaste minorité athée ou agnostique de 16 % de la population américaine qu’on n’entend jamais, tant la religion a envahi la sphère publique et politique, alors que les pères fondateurs des USA, Washington ou Jefferson en tête - étaient profondément laïques, voire athées...? On peut en douter. On a l’impression que ce documentaire frénétique mélange tout, met sur le même plan l’Eglise et le simple croyant - sans s’interroger sur la soif de spiritualité inhérente à l’homme, la foi du charbonnier ou la vraie intériorité d’un bouddhiste. Peut-on ainsi pratiquer l’amalgame entre anti-cléricalisme et irreligion ? La thèse, en soi passionnante, d’une collusion entre religion et nationalisme - Bush contre Ben Laden - censée fonder le propos du film, comme le remarque Henri, peut sembler mal illustrée, voire diluée dans ce défilé de sectes de tout poil - Mormons ou créationnistes dont on aurait aimé mieux comprendre les ressorts - de religions de tous pays entre lesquelles on se perd malgré l’universalité des mythes, de Horus à Jésus...
En plus, Bill Maher, qui prétend laisser la parole de ces témoins de la foi se détruire d’elle-même par autophagie, intervient sans doute un peu trop, en choisissant des interlocuteurs vaguement demeurés, en les interrompant sans cesse ou en leur tapant finalement sur le ventre dans un rire gras, faussement complice, alors que - tu le signalais, Christiane - le comique devrait venir de lui-même, par un clin d’oeil au spectateur ou par l’effort de réflexion ou d’adhésion de celui-ci au propos du film.
"En se faisant l’apôtre du doute, Maher assène à son tour sa vérité et intervient au montage pour ridiculiser ses interlocuteurs" - regrette "Le Point". Et "Le Monde" d’’ajouter qu’il aurait fallu " aller au-delà du sarcasme et du canular télévisé et faire preuve d’un peu plus de respect pour les interlocuteurs et surtout pour les capacités intellectuelles du spectateur."
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Reste un bon film qui dénonce l’homophobie, l’intolérance, la violence au nom de l’Apocalypse - cratère de dynamite à l’appui - au début comme à la fin de ce constat amer, au fond ni assez amusant, ni assez féroce ou désespéré. Restent de bons moments, comme ce religieux qui croit au miracle mais ne peut citer que la pluie appelée de ses voeux et tombée effectivement par une étrange coïncidence... On pense aussi à ce prêtre " qui prêche le martyre mais s’attarde ici-bas " - comme dirait l’ami Brassens dans "Mourir pour des idées" : à Bill Maher qui lui demande : "alors, pourquoi ne vous suicidez-vous pas vous-même ?", il répond, un peu confus, après un silence : "mais ...euh... j’ai une mission en cette vie."
Là est tout le problème : être passionné, croire, pouquoi pas ? après tout, si ça ne gêne pas le voisin - mais ne pas se croire investi d’une mission, ne pas faire de prosélytisme, ne pas mener de jihad - danger de la certitude combattante que ne pointe pas, que ne combat justement pas assez le film.

Claude


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