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L’Apollonide - souvenirs de la maison close

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L’Apollonide (L’Apollonide - souvenirs de la maison close)

jeudi 3 novembre 2011 par Cramés

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Semaine du 3 au 8 novembre
nominé 5 fois au Festival de Cannes 2011
interdit aux moins de 12 ans

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Soirée-débat mardi 8 novembre à 20h15

Film français (2h02, septembre 2011) de Bertrand Bonello avec Hafsia Herzi, Céline Sallette et Jasmine Trinca.


Synopsis : À l’aube du XXème siècle, dans une maison close à Paris, une prostituée a le visage marqué d’une cicatrice qui lui dessine un sourire tragique. Autour de la femme qui rit, la vie des autres filles s’organise, leurs rivalités, leurs craintes, leurs joies, leurs douleurs... Du monde extérieur, on ne sait rien. La maison est close.

Bande annonce*** Article de Danièle *** Petite revue du net *** Journal des débats
BO France : 202000



Un très vieux métier (L’Apollonide - souvenirs de la maison close)

samedi 29 octobre 2011 par Danièle

"L’Apollonide" de Bertrand Bonello est le cinquième long métrage de ce jeune réalisateur français dont la plupart des films ont été sélectionnés pour des festivals.

Ainsi, "Quelque chose d’organique" (1998), présenté au festival de Berlin dans la section Panorama, le place d’emblée dans la nouvelle génération des cinéastes exigeants et conceptuels. "Le Pornographe" (2001), second long-métrage avec Jean-Pierre Léaud est présenté à la Semaine Internationale de la Critique à Cannes et obtient le prestigieux prix de la FIPRESCI. "Tiresia", en 2003, est en Compétition Officielle à Cannes. En 2008, sort "De la guerre", où l’autobiographie est mélangée à une fiction très libre. Le film sera à la Quinzaine des réalisateurs la même année.

L’Apollonide est une luxueuse maison close, "au crépuscule du XIXe siècle" et "à l’aube du XXe". Vivent là douze prostituées offertes aux hommes dans un superbe décor de théâtre où dominent le rouge, le vert et l’or et où coule abondamment le champagne.

La première partie du film nous montre le "commerce", la vie de ces filles, la beauté de leur corps, l’arrivée de leurs clients (interprétés par des cinéastes !). Les sublimes images évoquent Renoir ou Manet.
Mais "l’Apollonide" n’est pas du tout un film nostalgique sur le bon vieux temps des maisons closes. Car, en coulisses, il y a la peur (peur de la maladie, de la grossesse, de la mère maquerelle).

La seconde partie du film est le temps de la désillusion. L’Apollonide pourrait être fermée. Il faut travailler plus. L’abattage n’est pas loin. Les belles promesses s’envolent, les corps s’usent, la syphilis éclaircit les rangs. Les espoirs d’émancipation si minutieusement entretenus s’évanouissent peu à peu.

Ce film est fascinant dès les trois premières secondes, addictif, suave. C’est un univers clos, qui s’apparente à une serre où règne la moiteur, et où la fièvre opère progressivement un dérèglement des perceptions.

Nous sommes dans un labyrinthe sans vue sur l’extérieur voué à la répétition, et donc loin de la représentation des maisons closes françaises du XIXème siècle : ce n’est pas la légèreté du Plaisir de Max Ophuls (qui n’excluait pourtant pas la mélancolie), mais plutôt l’apnée opiacée des Fleurs de Shanghai (Hou Hsiao-hsien).

La prostitution est un très vieux métier et Bertrand Bonello le montre. Il filme une fatigue qui n’a plus d’âge, remonte à des millénaires, et porte le poids de toutes les passes depuis l’aube de l’humanité. Et le métier a encore de l’avenir – ce que montre in extenso l’épilogue.

Ce dernier film de Bertrand Bonello est ainsi une œuvre d’une radicale splendeur, aussi généreuse que cruelle. Elle sécrète un indéniable plaisir des costumes et du décor, mais ne cède en rien sur le terrain de la surprise et de l’acuité.



Petite revue du net pour "L’Apollonide" (L’Apollonide - souvenirs de la maison close)

dimanche 30 octobre 2011 par Cramés

Zéro de coduite (Zama)

L’extraordinaire réussite de L’Apollonide est dans sa dualité : le film de Bertrand Bonello parvient à montrer dans un même geste la séduction capiteuse d’un univers de luxe et de volupté (pour les clients) et son envers de misère et de désespoir...

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Chronicart (Vincent Garreau)

Avec son ambiance ouatée, ses peaux de satin et ses dentelles extra-fines, L’Apollonide semble d’abord un rêve de textures, une récréation d’érotisme chic dans le parcours de Bertrand Bonello.

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Ciné-club de Caen (Jean-Luc Lacuve)

Pourtant, le réquisitoire le plus implacable contre la violence faite aux femmes réside bien davantage dans la dimension fantastique du film. Elle lui fait atteindre des sommets d’émotion et de rage en déployant ses mystères au sein de la grand figure symbolique de la spirale avec une virtuosité de mise en scène que l’on croyait réservée aux grands noms du cinéma américain : Kubrick, Lynch, Eastwood ou De Palma.

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L’Apollonide (bande annonce) (L’Apollonide - souvenirs de la maison close)

mercredi 26 octobre 2011 par Cramés


L’Apollonide, souvenirs de la maison close (journal des débats) (L’Apollonide - souvenirs de la maison close)

mercredi 9 novembre 2011 par Claude

"L’Apollonide, souvenirs de la maison close" est un très beau film de Bertrand Bonello, à la fois somptueux et décadent, dans une veine quelque peu viscontienne, qui, au-delà du jugement moral, nous plonge à la fois dans la fascination plastique et la nausée face à la souffrance ou à une certaine horreur de la nature humaine.

D’un côté se déploie, essentiellement dans la première partie du film, l’ambiance ouatée et opiacée d’une maison de tolérance, d’un bordel de luxe, avec la beauté sculpturale de ces corps dénudés, fesses et seins généreux, de ces peaux de satin ambrées, de ces sexes ombrés, devinés plus qu’offerts, la baignoire de champagne où la "nouvelle" s’abandonne aux caresses de l’homme, cette moiteur de serre dans les vapeurs d’opium et les flots d’alcool, les dentelles et les lourdes tentures de décors de théâtre rouges, verts et or, placés sous le signe d’une fin de XIXème siècle décadente, évoquant "les bijoux" de Baudelaire, la cruelle perversion des "Diaboliques" de Barbey d’Aurevilly ou les sulfureux plaisirs d’Oscar Wilde et d’une peinture omniprésente dans le hall, les salons ou les longs couloirs de l’Apollonide, éveillant mille échos chez le spectateur : les créatures de Toulouse-Lautrec, les danseuses de Degas, "l’origine du monde" de Courbet - sans oublier cette partie de campagne, cet intermède pastoral au cœur du film où le bain purificateur et les folâtreries enfantines des jeunes femmes s’abandonnant pour un temps au souffle libérateur de la nature nous rappellent l’impressionnisme de Renoir ou Monet.

De l’autre défile peu à peu au fil de l’histoire le cortège des souffrances quotidiennes et des malheurs terribles des prostituées : la mutilation de Madeleine par un client apparemment doux mais qui, après l’avoir attachée avec son accord, lui tranche les lèvres d’un coup de couteau, lui infligeant à jamais l’horrible rictus d’un clown triste, à l’instar de Gwinnplain, "l’homme qui rit" de Victor Hugo, promené dans les parties fines comme un monstre délectable, la syphilis de Julie s’annonçant par une pustule sur la lèvre et envahissant bientôt le visage et le corps pour emporter la malheureuse en quelques semaines, la peur de la grossesse, l’auto-destruction par la drogue pour Clotilde, la visite médicale commune et humiliante, les manies et fantasmes des clients, toutefois adoucis par l’attitude relativement maternelle de la tenancière Marie-France, quoique ferme et exigeante, soumise bientôt elle-même à une augmentation exorbitante de son loyer et réduite à en référer, en vain, au préfet, la solidarité des filles entre elles et l’atmosphère familiale de la maison : Marie-France - excellente Noémie Lovsky - élève en effet, seule, ses filles au milieu des prostituées, lesquelles conseillent la toute nouvelle, Pauline, 15 ans, l’unique pensionnaire à quitter les lieux, se lavent à deux, se donnent des conseils pratiques ou psychologiques face au comportement ou aux attentes des clients, se confient leur fatigue, leur écoeurement aussi parfois, leur dégoût de faire à nouveau l’amour une fois qu’elles auront renoué avec une vie normale...

A distinguer ainsi deux temps, une splendeur, si l’on ose dire, et une décadence, on pourrait croire à la beauté sculpturale d’une odalisque d’Ingres ou de l’Olympia de Manet, à la linéarité d’une histoire ou à la rigueur un peu sèche d’une démonstration, d’un constat clinique ou d’un état des lieux sociologique... Cette œuvre pourtant, qu’on la juge lente ou rythmée, narrative ou symbolique, reste irréductible à un schéma ou une définition : elle semble, tel l’écrin de cette émeraude, rêve saccagé de la putain défigurée, tout à la fois se cristalliser et irradier autour de motifs obsessionnels et envoûtants : ledit bijou, qui dit l’espoir, si vain, de ces femmes - de sortir un jour, de se marier - le masque blanc, dans ce jeu d’apparences et de dupes, que Madeleine porte en victime sacrificielle de "celui qui paie et donc qui décide"- un souvenir de la scène d’orgie d’"Eyes Wide Shut" de Stanley Kubrick comme la partie fine de "Barry Lindon" ? - ce visage balafré, tel le Joker de "Batman", et ces larmes blanches de sperme, belle trouvaille qui hausse le film aux confins du fantastique, quand les paroles de rêve et d’amour deviennent un destin nauséeux qui vous remonte à la gorge ; n’oublions pas enfin cette étrange panthère amenée par un client - réminiscence de "La Féline", le film de Jacques Tourneur - symbole d’une possible rébellion, d’une vengeance de la femme sur cette immémoriale servitude ? Et cet étrange melting-pot musical, aux anachronismes savamment calculés, pas toujours convaincant, d’un concerto pour piano de Mozart aux Moody blues en passant par "La Bohême" de Puccini ou "Plaisir d’amour" d’Eloïse Decazes.

Le film semble s’enrouler en spirale autour de ces motifs, d’un début plus inquiétant qu’il n’y paraît au premier abord, la mutilation recouvrant vite le rêve, à cette fin sordide en pleine moderne solitude sur le périphérique. Entretemps, des destins venus de nulle part et retournés au néant se sont scellés, des amitiés aussi se sont noués, des profondeurs de rêve et d’amour se sont données à voir au détour d’un regard chaviré ou d’une posture entrevue dans les mirages du désir à jamais insatisfait, à l’image de la vie.

Claude



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