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Menocchio

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Menocchio ( Menocchio)

jeudi 3 octobre 2019 par Cramés
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Week-End cinéma italien contemporain 5 et 6 octobre 2019

Pour agrandir cliquer sur l’image

Présenté et animé par Jean-Claude Mirabella, universitaire spécialiste du cinéma italien

Dimanche 6 octobre 2019 à 17h

Film de Alberto Fasulo (vo, avril 2019, 1h43) avec Marcello Martini, Maurizio Fanin et Carlo Baldracchi

Synopsis : Italie. Fin du XVI ème. Menocchio, meunier têtu et autodidacte d’un petit village perdu des montagnes du Frioul est accusé d’hérésie pour avoir défendu ses idéaux de pauvreté et d’amour. Menocchio raconte le combat d’un homme contre le pouvoir en place.

Article de Georges *** dossier de presse *** Bande annonce *** Photos du Week-End
BO France :



Aimer son prochain est un impératif plus important que d’aimer Dieu ( Menocchio)

samedi 28 septembre 2019 par Georges.J

Février 2019, « Festival Viva Il Cinéma » de Tours, 5 films en compétition, le jury des jeunes, contre toute attente, donne son premier prix à un film singulier par son esthétique, et son sujet : Menocchio d’Alberto Fasulo.

Le film commence d’une manière étrange, on est dans l’obscurité, on ne distingue pas immédiatement ce qu’il se passe et nous percevons des sons confus que nous n’identifions pas tout de suite. Dans les montagnes du Frioul, dans une étable, celle de Domenico Scandella, autrement nommé Menocchio, meunier de son état…une vache vèle.

Nous sommes en 1583, Menocchio, un vieil homme déjà, de 51 ans, va être arrêté par l’inquisition.

Ce nom Ménocchio n’est pas inconnu des amateurs d’histoire, en 1976, Carlo Ginzburg historien, publiait un essai original, « Le fromage et les vers » (1) fondant ainsi un courant historique original connu sous le nom de Micro Histoire. Dans cet ouvrage qui peut aussi se lire comme un roman, il nous disait par le menu, les différents procès de Menocchio par les inquisiteurs. Menocchio était un brave homme, et ce qui est rare à son époque, pour un homme de sa condition, il savait lire, écrire, compter. Ce Menocchio avait lu bien des choses, et beaucoup que l’église réprouvait. Il était bavard, disait à qui voulait l ‘entendre ce qu’il pensait du clergé et des écritures. Bref, il revendiquait sa liberté de penser.

Le 16ème Siècle en Italie et ailleurs (2) n’était pas tendre envers ces gens-là et ces gens-là étaient rares. Quelques années plus tard un Savant Giordano Bruno fut brûlé pour les mêmes raisons. De toutes les façons on n’était pas plus tendre, quelques années plus tard. En 163O à Milan les juges condamnèrent à d’abominables supplices, certains individus accusés d’avoir propagé la peste par des stratagèmes insensés. (3)

Alberto Fasulo nous montre un des procès Menocchio, et l’esthétique du film dit la critique, rappellerait celle de Sokourov. Mais Fasulo est d’abord un Italien qui ancre son film dans les montagnes et rivières du Frioul, son pays natal, et il y a aussi ces personnages qu’on croirait échappés de tableaux clairs obscurs du Caravage ou de Rembrandt. L’image est particulièrement soignée et belle, elle reflète l’ombre et la lumière du siècle.

Ce qui va nous captiver, c’est cet humble meunier autodidacte, avec son petit savoir fait de bonnes lectures, qu’il utilise d’une manière très personnelle « toutes ces opinions que j’ai eues, je les ai tirées de mon cerveau » dira-t-il aux juges. Et qui entend se défendre pied à pied, montrer la justesse de ses dires, parfois même avec entêtement. Espère-t-il les convaincre ? Des témoins affirment que Menocchio a dit « qu’aimer son prochain est un impératif plus important que d’aimer Dieu », et l’ont entendu prétendre que « la virginité de Marie est impossible », affirmer que « Jésus était un homme et que Dieu n’était rien d’autre que l’air, la terre et l’eau ». Tout cela n’est pas fait pour calmer un tribunal inquisitorial qui depuis le XII ème siècle œuvre à extirper l’hérésie. Ni procurer à Menocchio la paix et la liberté d’un honnête homme et d’un bon meunier.

A Tours on a demandé à Alberto Fasulo pourquoi Menocchio plutôt que Giordano Bruno ? Il a répondu : « ce qui m’intéresse c’est l’humble, le modeste, le paysan frioulin, c’est lui que je voulais montrer, pas le savant. On comprenait que pour lui Menocchio est emblématique de son pays ».

Nous allons voir un film rare. Fait avec peu de moyens, une l’œuvre totalement investie par Alberto Fasulo son réalisateur, scénariste et qui, quoi qu’en en disent les fiches techniques en est aussi le principal monteur. Un film qui en tous cas déconcerte Télérama qui le classe dans « Drame Sentimental » ! Qu’importe, allez le voir, tout simplement …

1) Carlo Ginzburg, le Fromage et le fruit, Champs Histoire 2019

2) Par exemple, en France, voir le petit ouvrage « le martyre d’un libre-penseur, Etienne Dolet » par Jean Jaurès, aux éditions la Guêpine 2019

3) Alessandro Manzoni (1795-1873) a écrit un ouvrage : Histoire de la colonne infâme ; Editions Zone Sensibles 2019