LES CRAMÉS DE LA BOBINE

Elle a tout d’une grande !..

samedi 3 septembre 2011 par Sandrine

O.K. je vous entends protester : à quoi bon un film qui expose la "progressive sexualisation photographique" d’une enfant ? A-t-on besoin d’aller au ciné pour "ça" ? Oui. Parce que sensibilité intelligente n’est point vulgarité racoleuse. Parce que ce film parle d’abord de vous, des autres, de moi.... Si, si ! Je m’explique.

Je suis pratiquement assurée qu’il y a en chacun de nous une part d’enfance blessée, plus ou moins grande. On a tous en nous un souvenir douloureux qui remonte à l’enfance et celui-ci aussi nous aide à nous construire comme adulte. Et il existe dans le cinéma français le cinéaste, à mes yeux, de l’enfance blessée, c’est Louis Malle. Il a raconté, dans le film autobiographique, Au Revoir les Enfants, une épreuve qu’il a du dépasser pendant toute sa vie : la dénonciation, malgré lui, d’un enfant juif pendant la seconde guerre mondiale. Le film devait s’appeler My little madeleine (en référence à Marcel Proust) ! Aussi il y a peu d’idéalisation du monde de l’enfance dans ses films et ce sont ceux qui ont fait scandale en leurs temps.
D’abord l’histoire fictive de cet ado qui, toujours pendant la seconde guerre mondiale, devient un collabo et dénonce son instituteur résistant. C’est la célèbre réplique : "Lacombe Lucien, police allemande" ! Et puis, dans les années cinquante, l’inceste du Souffle au coeur. Et enfin la prostitution infantile au début du siècle dernier dans Pretty Baby. Tous sélectionnés. Deux nominations à Cannes pour le Souffle au coeur. Sept Césars, le Lion d’Or, le Prix Louis Delluc pour Au revoir les enfants. Prix Méliès pour Lacombe Lucien. Si le sujet est dur chez Louis Malle, pas les manières...
Même force pour Eva Ionesco dont c’est le premier film, autobiographique, sélectionné au dernier Festival de Cannes (Semaine de la Critique). Et cette Little Princess est une very Pretty baby ! Violetta, c’est son nom, la dizaine, est la fille d’une photographe névrotique, Hannah, qui devient de plus en plus célèbre au fur et à mesure qu’elle dénude de plus en plus sa fille devant l’objectif. La mère s’imagine avoir le monde, et les hommes, à ses pieds, sans se rendre compte que ces mêmes hommes veulent plus que la main de sa mineure de fille...Mais le modèle le ressent dés le premier regard et se révèle plus adulte que la mère, qui, elle, s’infantilise de plus en plus...Ce qui était au départ un jeu devient un conflit. Violent pour Violetta, comme un viol. L’heroïne de Pretty Baby s’appelle Violette.
Hannah, dans la réalité, s’appelle Irina Ionesco. C’est une célèbre photographe très seventies, avec un réel univers artistique ; rock’n roll et décadent. Quand elle laisse tranquille les petites filles, elle vêt légèrement des femmes avec des bas noirs et broderies blanches, corsets et chapeaux plumes...Un univers qui rappelle celui de la maison close de Pretty Baby. Les deux films sont d’abord des films d’ambiance, d’atmosphère. Et de photographes. Car le film de Louis malle raconte à la fois l’histoire de E.J. Bellocq, un photographe tout aussi célèbre dans la réalité et l’évolution de la photographie, de la plaque de verre au tout début de l’Instamatic. Et c’est un très jeune top model qui incarne, à l’époque, Violette à l’écran, Brooke Shields, devenue actrice depuis. Donc les photos d’Eva Ionesco et de Brooke Shields nues se disputent la une des magazines, à la fin des seventies, à côté de celles réalisées par David Hamilton !

Une époque ainsi "branchée" qu’Eva Ionesco restitue avec une distance très ironique ; c’est ce qui lui permet de faire une œuvre si personnelle : au collège, son héroïne récite sa poésie devant son professeur du bout de ses lèvres rouge baiser ; elle va à son cours de sport déguisée en poster Farah Fawcett Major !... Tout en évitant à sa magnifique jeune interprète, Annamaria Vartolomei, les situations malsaines qu’elle a eu à assumer. Dans le rôle de la mère irresponsable et border line, Isabelle Huppert est éblouissante. L’auteur sait ainsi nous rappeler combien les enfants (au cinéma) peuvent avoir la vie dure....C’est pour cela qu’ils deviennent des géants !


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