LES CRAMÉS DE LA BOBINE

Week-end jeunes réalisateurs : "Hors les murs"

vendredi 10 mai 2013 par Claude

Hors les murs , drame de David Lambert, avec Matila Malliarkis (Paulo) et Guillaume Gouix (Illir), est sans doute le film le plus original et le plus bouleversant du week-end jeunes réalisateurs proposé par les Cramés - ne serait-ce que par son titre si riche, si prometteur. Hors les murs, en effet, cette histoire d’amour qui réussit à nous montrer, à nous faire vivre l’homosexualité sans l’âpreté un peu glauque de " L’Homme blessé " de Chéreau ni l’esthétisme édulcoré du " Maurice " de James Ivory d’après le roman éponyme de Forster.

Hors les murs de la norme en effet que cette passion entre Illir, un solide et taciturne Albanais et Paulo, un jeune homme efféminé, incertain de sa sexualité, qui quitte sa compagne sur un coup de tête (ou de foudre ?) dans un bar, à moins qu’il ne s’agisse de l’ivresse d’un égarement bientôt vécue avec la violence du sentiment. Qu’importe que cette passion soit homosexuelle : elle a tout pour convaincre les contempteurs de l’amour gay et du mariage pour tous ! Elle s’affirme avec l’éclat d’une provocation triomphante, d’une revendication exaspérée, comme dans cette scène de la supérette où Illir, face à la gêne de Paulo n’osant donner de signe de tendresse à son compagnon, la proclame devant les clients médusés, mi-amusés mi-choqués... Car elle est forte et belle, cette passion, profonde et ludique, filmée comme rarement avec ses émois et désarrois, ses houles et ses bonaces - le cinéaste captant au plus près l’intimité des visages et des corps, avec une rare précision, un réalisme tendre et une âpre sensualité. La caméra dit les jeux de l’amour, ces petits noms qu’on se donne mais aussi ces pirouettes du désir, ces fantaisies du sexe, tel ces corps tête bêche qui nouent quelque mèche de cheveux à un orteil déployé ou, forfanterie de fidélité à Illir en son absence, jeu dangereux - et gag hilarant - cette ceinture de chasteté pour sexe viril dont Paulo perd la clé, paniqué...

Hors les murs enfin que cette improbable identité de nos deux garçons amoureux, l’apparente légèreté de Paulo qui lui a fait tout sacrifier pour Illir, que son statut d’immigré sans papier, flirtant avec la drogue et la délinquance, voue à l’inquiétude et la fuite, avant de lui valoir quelques mois de taule.

Hors les murs pour nos vies bien rangées ou nos consciences repues que cette transformation radicale des deux personnages, après le retour de prison d’Illir : lui si léger et insouciant, se donnant à l’amour, devenu sombre et violent, le crâne rasé, le regard dur, obligeant son compagnon à prendre les pires risques en lui procurant la drogue dont il ne peut plus se passer ; et Paulo l’androgyne tout fou s’est mué en binoclard propret, chic et appliqué, qui vit désormais avec un quadragénaire installé, tatoué et rassurant, le gérant du sex-shop qui l’a délivré de son infernal cadenas.

Si courant pourtant ce délitement de l’amour où s’englue la dernière nuit des amants, la conscience navrée quand le corps ne suit plus, que le regard ne contemple plus par un balcon que la silhouette de l’autre évanoui.

Claude


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