LES CRAMÉS DE LA BOBINE

{Barry Lyndon}, une parabole sur la destinée humaine

vendredi 23 octobre 2009 par Claude

Michel Ciment rappelle qu’« avec Barry Lyndon, Kubrick propose une parabole parfaite sur la destinée humaine, l’ascension sociale d’un jeune Irlandais sans le sou, qui s’engage dans l’armée, déserte, devient espion, joue, fait un mariage d’argent, puis connaît un destin irrémédiable ». Cette magnifique fresque historique, inspirée du roman éponyme de Thackeray, dans l’Irlande du XVIIIème siècle, est portée, scandée par une musique dramatique, envoûtante – le Trio de Schubert pour la séduction de Lady Lyndon à la table de jeu et, omniprésente, la Sarabande de Haendel : après trois films situés dans le futur – Docteur Folamour, 2001 : Odyssée de l’Espace et Orange mécanique – la violence à venir – le réalisateur, qui porte à incandescence chaque genre et en dépasse les codes, visée commune à ses opus, propose ici le film historique : celui-ci a « de commun avec les films de science-fiction qu’on tente d’y recréer quelque chose qui n’existe pas. »

Ryan O’Neal - explique le cinéaste - joue un personnage ambigu, pour lequel on éprouve un sentiment d’attraction-répulsion mêlé à tous les instants : « comment ne pas avoir de sympathie pour Barry ? Mais comment ne pas être conscient de ses faiblesses, comment ne pas voir les impasses où le mènent ses ambitions et les limites de sa personnalité (qui viennent du développement de son cynisme) ? »

Cette ambiguïté, cette déchéance morales ne sont-elles pas liées aussi aux circonstances, aux aléas de sa trajectoire personnelle ? Le monde selon Kubrick est en guerre permanente et l’ascension sociale, surtout pour un jeune homme pauvre à cette époque, un éternel combat. Le film à cet égard montre à la fois le contexte historique et ce qui aurait pu (dû ?) être un épanouissement personnel avec son mariage : or, là aussi, c’est la guerre, dans le champ clos de la vie conjugale - et la pire déchéance. « L’état de guerre n’est pas l’image la plus inexacte que l’on puisse donner de la vie de la plupart des gens : combien y a-t-il de mariages heureux ? Combien de beaux-pères aiment leurs beaux-fils et réciproquement ? Parmi les gens dont l’ambition ne touchait qu’à l’argent, combien l’ont réalisée ? Surtout pas Barry, chez qui elle paralyse toute activité ! Tant qu’il se débat à travers le monde, il lui arrive des choses qui ne lui plaisent pas, mais au moins il a une vie active. Dès son mariage et le début de ses ambitions, tout devient gris et morne. Il est totalement déplacé dans cette vie, non seulement par son origine sociale, mais aussi par son caractère. Il s’enferme lui-même dans une cage dorée et, désormais, tout a le goût de l’amertume ».

Claude Sabatier

D’après l’entretien, en 1976, de Michel Ciment, critique de cinéma à Positif, avec le cinéaste dans son livre Stanley Kubrick, préfacé par M. Scorsese, chez Calmann-Lévy (pp. 166-179)


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